jeudi 16 février 2012

« Les Nouvelles du concours Zerstören »




Avant-propos



Bonsoir à tous! Nous sommes le 15, il est 20h alors comme promis, voici les Nouvelles qui ont été faites pour le premier concours qui porté sur la chanson Zerstören! Elles sont au nombre de quatre (une autre Nouvelle a été proposée mais a besoin d'être retravaillée donc elle vous sera proposée plus tard, en Nouvelle hors concours). Vous avez donc une semaine (jusqu'au mercredi 22 à 18h) pour choisir qu'elle est selon vous, l'écrit qui mérite le plus de gagner. Pour cela, les écrits sont anonymes pour ne pas fausser votre jugement! Rédigez un commentaire ICI (et non via la page Facebook ou via mail) en disant qu'elle est votre favorite mais surtout POURQUOI elle et pas une autre; et en quoi elle se rapproche plus du sujet initial que les autres. Merci de ne mettre QUE des commentaires constructifs et non des commentaires gnangnan et sans intérêt profond pour les auteurs. Les auteurs peuvent et sont invités à voter eux aussi mais pas pour eux, soyez fair-play. N'hésitez pas à faire la promo du concours auprès des fans rammsteiniens sans jamais préciser que vous êtes l'auteur de telle ou telle Nouvelle. (Merci aux auteurs qui possèdent une page sur Facebook de ne pas mettre le lien du blog dessus mais de le communiquer via MP ou sur le mur de votre compte perso!). Bonne lecture à tous! (Le prochain concours sera dévoilé après le verdict de ce concours).

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Première Nouvelle
« Zerbrennen »


« Espèce de grosse pute ! Mais vas-y, casse-toi avec ce débile profond, détruit ta vie... Et laisse-moi seul en plus... Connasse... Un banquier en plus, non mais tu te fous de qui ? Tu vas me laisser tout seul ? Mais comment je vais faire, tu sais bien ce qu’il se passe au boulot, tu sais très bien qu‘à la boîte ça va pas. Fais pas ça... Connasse ! Prends-moi pour un con ! Je sais très bien que tu me trompes avec lui depuis un bail, je suis pas aussi débile que lui. Casse-toi mais demain, je vais voir un avocat, et je te pouille. Femme où pas, pour une fois ce ne sera pas le sexe faible qui gagnera la bataille. »

C’est probablement ce qu’il aurait dû lui dire avant qu’elle ne claque la porte de la maison familiale, laissant derrière elle un (ex-)mari cocu, et désemparé. Oliver avala son verre de scotch d’un trait et  sortit lui courir après:

- Reviens ! C’est ma faute ! Enfin peut-être. Ne me laisse pas...
- C’est fini, fini, fini. Mets-toi ça dans le crâne. Il n’y a plus de « nous deux ». T’as fait ton choix, maintenant, je fais ce que je t’avais dit: je me tire.
- Meg... Tu sais très bien ce que tu m’avais demandé... Comment voulais-tu que je choisisse ? 
- C’était moi où ton groupe de merde. 
- Il vient avec nous papa ?
- Non ma chérie, papa ne vient pas. Papa reste à la maison et on va en vacances chez mamie.
- Tu me laisseras pas voir la gamine, je te connais.
- On verra. Au revoir Oliver.


Il regarda la voiture partir et resta quelques minutes debout sur le porche, à scruter le carrefour, au cas où elle aurait changé d’avis. Elle ne revint pas. Oliver rentra dans la maison, si vide, si grande pour un homme seul, et se remplit un autre verre. Sa soirée fut longue, il regarda les aiguilles de l’horloge tourner, comme si elles le narguaient, lui et sa nouvelle solitude. Une fois la bouteille finie, il monta à l’étage et sauta par la fenêtre. 

Deux semaines de repos qu’ils disent... C’est-ce dont il a besoin. Mais putain, qui sait ce dont j’ai besoin ? Allongé de force dans le lit blanc de l’hôpital, il scrutait le plafond, rêvant à sa femme et à une belle bouteille de 18 ans d’âge. C’est de ça dont il a besoin. Ces foutus médecins ne comprennent rien, ils pensent que rester cloitré dans leur foutu chambre lui fera du bien, mais les murs bougent. Ils se serrent autour du lui. Il entend des gens lui dire que c’est un malheureux, qu’il a tout foutu en l’air. Mais qu’est-ce qu’ils en savent eux aussi ! Les murs sont si proches de lui, il ne peut plus sortir d’ici, c’est foutu, plus jamais. La porte n’est plus, la minuscule fenêtre non plus, il reste plongé dans le noir. La panique s’éprend de lui, il crie, mais personne ne daigne l’entendre, encore moins l’écouter. Il est pris au piège. C’était donc ça son plan à cette connasse ! Me laisser la bouteille en évidence pour que je saute, c’est elle qui m’a dit de sauter, parce que ça la ferait revenir, avec la gamine. Il n’a fait qu’obéir et maintenant il est coincé. Il crie de plus belle et les murs s’écartent. Une grosse infirmière arrive, lui demande ce qu’il se passe. Il balbutie, essaie de remettre ses idées en place, lui explique tout, la bouteille, les envie démoniaques de Meg, mais rien. La grosse ne dit rien, elle me regarde et s’approche de ma perf’. Ça va me faire du bien, qu’elle dit. Elle prend une seringue et l’injecte dans la poche. Et là, c’est le flou total. Le noir complet.

Elle est venue. Enfin, c’est-ce qu’il pense. C’est que la grosse lui dit, après son réveil, quelques heures plus tard. Mais elle est venue sans la petite. Faut qu’elle s’habitue à ne plus me voir, apparemment. Mais c’est quand même ma gamine putain ! Elle n’est pas restée longtemps, juste le temps de voir avec les médecins. Il demande à boire, on lui sert de l’eau, il hurle. C’est pas ça que je veux ! Vous comprenez pas. Et les murs se rapprochent encore. Il ne peut plus rester seul dans cette chambre ridicule, il doit rentrer ! La grosse entre dans la chambre et lui annonce que son patron aussi, est passé le voir. La mine dépitée de l’infirmière le laisse présager la suite: liquidation. Fini, il n’a plus rien. Il est mort.

Deux semaines plus tard, il est autorisé à sortir, avec l’obligation de passer à l’hôpital toutes les semaines pour vérifier son état. Il doit prendre des médicaments, « pour me soulager » qu’ils disent. Mon cul ! Ils veulent tous que je crève, c’est sûr. Malgré sa mordante envie de rentrer chez lui, les murs de sa maison ne lui rappelèrent rien de bon. Ils font l’écho de sa solitude. Il parle, personne ne répond. Alors, il parle plus fort, encore et encore. Il s’énerve, putain, pourquoi vous me répondez pas. Mais une photo ne parle pas, encore moins celle de sa femme. Elle ne parlera plus. Il se demande alors ce qu’elle peut bien faire. Il décroche le téléphone et l’appelle sur son téléphone portable. Au bout de quatre sonneries, il raccroche. Et recommence. Après 10 minutes d’insistance, elle lui répond enfin:

 - Quoi ?
- Je suis rentré.
- Je sais, l’hôpital m’a appelé.
- Tu fais quoi ?
- Laisse-moi tranquille, s’il-te-plaît, laisse-moi.
- Mais...
- Au revoir Oliver.

Il passa toute la soirée à imaginer des choses. Il savait que ses vieux étaient partis à Paris, pour un foutu séminaire sur la chirurgie dentaire. Meg était donc seule chez eux, avec la gamine. Sauf si ce débile était là. Et s’il était dangereux ? S’il était avec elle pour de mauvaises raisons ? Peut-être que ce connard ne veut que son argent ? Où pire, et s’il ne voulait que du cul,  si elle se faisait avoir par ce foutu banquier qui ne cherche que du sexe pour assouvir ses pulsions de taré. Et la petite ? S’il était pédophile ? Peut-être qu’il est dans train de la prendre en photo alors qu’elle est dans son bain ? Où pire... Peut-être qu’il... Aaaah. Non, ne pense pas à cela, tu vas devenir fou. Il se coucha, vers 4 heures du matin, pleurant sur le sort de sa pauvre épouse qu’il avait jeté dans la gueule du loup. Elle est peut-être en train de pleurer elle aussi. Peut-être qu’elle pense à moi et qu’elle voudrait que je sois là.

- Putain Oliver, il est 4 heures du matin, qu’est-ce que tu fous ?
- Je voulais entendre ta voix.
- Lâche-moi bordel, vas-tu comprendre un jour que c’est fini toi et moi ?
- Mais, je t’aime moi.
- Pas moi.

Il laissa tomber le téléphone et cria, de toutes ses forces. Il l’insulta, hurla sa douleur. Tellement que quelqu’un vint frapper à la porte. Et si c’était cet abruti ? Peut-être qu’il a compris que je n’étais pas con, que je connais son manège et il vient me le faire comprendre. Il descendit les escaliers et cria à la porte:

- Oui ?
- Police monsieur Riedel, ouvrez !
- Mensonges ! Vous n’êtes pas la police, vous êtes ce foutu connard ! 
- Ouvrez, où on s’énerve. Nous voulons seulement vous parler.

Il entrouvrit la porte et scruta les deux hommes:

- Plusieurs voisins nous ont appelé monsieur, apparemment vous faîtes trop de bruit.
- N’importe-quoi !
- Peut-être, mais allez donc dormir, comme ça il n’y aura plus de confusions.
- C’est tous des gros cons, ils se liguent contre moi eux aussi ! 
- Monsieur, il va falloir baisser d’un ton où on vous embarque.
- C’est ça ouais.

Et il ferma la porte. Pensant trouver une solution à ses problèmes, il écouta les agents et alla se coucher. Le lendemain, rien n’était clair, tout était brouillé dans sa tête. Il ouvrit une bouteille pour s’aider à mieux penser. Il fallait qu’il fasse quelque chose, il ne pouvait pas laisser sa famille entre les mains de ce taré. Il fallait agir. Riedel sortit et s’engagea vers le supermarché. Du chloroforme, un couteau de cuisine et deux bâches plus tard, il sortit de l’enseigne et entra dans un bar, ses affaires entassées dans un sac de sport qu’il avait préalablement emmené. Il commanda un scotch mais il était tellement dégueulasse, qu’il ne pouvait le boire et partir sur un merci, bonne journée. Il appela le patron et lui demanda des comptes. Ce putain de truc coute déjà assez cher, si c’est pour boire de la pisse, je vais dans mes chiottes ! Le patron lui demanda de sortir, mais Riedel ne se laissa pas faire. Il n’a qu’à servir de la qualité bordel. Deux autres clients s’approchèrent et Riedel sentit tout de suite que ce n’était pas pour faire les présentations. Il frappa l’un et l’autre l’assomma d’un revers. Il se réveilla sur le trottoir, des pièces autour de lui. Un clochard ? Je suis pris pour un clochard ! Bande de connards, tous ! Tous des connards, des salauds qui ne veulent que me détruire. Putain... Il passa toute la journée dans le parc, à maudire des pigeons qui s’approchaient de lui en quête de nourriture. Son téléphone sonna:

- C’est moi, ne parle pas, écoute-moi. J’ai été voir la police, j’ai pu avoir une injonction du tribunal contre toi. Tu n’as plus le droit de m’approcher ni même de m’appeler. J’espère que c’est compris. Au revoir Oliver.

Elle raccrocha sans même qu’il put l’insulter. La pute, elle aussi elle est dans ce complot. Mais je me laisserais pas faire ! La nuit était tombée, son ventre criait famine, mais il avait d’autres choses en tête. Il fallait qu’il se défende ! Il dégaina son briquet et s’approcha du bar où il fut jeté comme un malpropre. Les flammes qui apparaissaient le faisaient jubiler. Il tenait sa revanche pour ce midi, il avait gagné sur eux ! Son instinct de conservation lui dicta de prendre ses jambes à son cou avant que quelqu’un ne le voit. Il monta dans sa voiture et roula, en direction de chez ses beaux-parents. La route était longue, il ne comprenait pas comment cet abruti de banquier avait réussi pour la convaincre de partir si loin. Il allait avoir à faire avec un beau manipulateur. Oliver jubilait d’avance, il allait s’amuser. Il gara sa voiture à quelques centaines de mètres de la maison et attrapa son sac. Tout était là, son matériel n’avait pas bougé. Il s’engagea dans l’allée et s’avança vers l’arrière de la maison. Il aperçut la voiture de sa femme et une autre. Le banquier était là, formidable ! Il s’approcha des murs et s’avança vers la chambre donnant sur le jardin, dont il savait la fenêtre cassée. On lui avait demandé de réparer mais il n’en fit rien, par flemme. Il se rappelait des moments qu’il avait passé ici, avec Meg et la gamine. Il était affalé sur le canapé, un verre à la main, tandis que la petite jouait dehors sous les yeux attendris de sa mère et ses grands-parents. C’en était fini de ces moments de plénitude, il allait passer à l’action. Par chance, personne n’avait réparé la fenêtre et il entra sans difficultés. Il entendait du bruit dans le salon, posa son sac et sortit le couteau de cuisine et le chloroforme. 

- Bonsoir.
- Oliver ! Que fais-tu là ? Qu’est-ce que tu as à la main ?
- Un petit cadeau. Bonjour monsieur le banquier.
- B... Bonjour.
- Où est la petite ?
- Elle est partie avec eux à Paris, elle voulait voir la Tour Eiffel...
- Très bi...
- Lâche ce couteau Oliver... S’il-te-plaît. Tu pourrais blesser quelqu’un...
- C’est bien ce que je compte faire. Vas me servir un verre.

Elle s’exécuta et il en profita pour étouffer le banquier avec le produit, ce dernier s’affala sur le canapé et Riedel avait tellement de souvenirs. Elle revint, le verre à la main.

- Qu’est-ce que tu lui as fait ?
- Il dort, ne t’inquiète pas.
- Espèce de malade ! Tu es fou !
- Oui, de toi ma chérie. Oublie-le, tu peux partir, il ne pourra plus rien vous faire !
- Qui ?
- Le banquier ?
- C’est lui qui me vient en aide, pas toi ! C’est de toi que j’ai peur, lui est là pour mon bien. Il m’aime lui !
- Mais... Moi aussi ma belle.
- Ta gueule.

Riedel sentit la rage monter en lui. Il devait détruire. La cogner, et faucher. Ne pas demander, casser, s’il le fallait. Il voulait mettre en lambeaux, décomposer, brûler, puis courir, partir loin d‘ici, pour tout oublier. Mais avant, il sentit un besoin de scier, découper, brûler encore s‘il le fallait, se venger. Oh oui, se venger surtout. Meg vit ces idées passer dans la tête de son ex-mari et fut prise d’une peur panique. Elle cria, hurla, pria que quelqu’un l’entende mais Riedel se rua sur elle et elle s’endormit. Quand elle se réveilla, elle était liée sur la table du salon. Gabriel était près d’elle, sur la table du bureau, lui aussi attaché. Riedel s’affairait dans la cuisine, elle fit la morte quand elle le vit revenir près d’eux.

- Oh oh oh... Je t’ai vue petite coquine. Tu es réveillée, ça y est. Comme tu es belle. Tu me manques, tu sais ? Surtout la gamine. Toi, tu n’es qu’une connasse ! Mais je t’aime, reviens avec moi.
- Tu sais très bien que non...
- Parfait ! Regarde bien, tu vas apprécier le spectacle que je t’ai préparé avec amour.

Il s’approcha de Gabriel qui lui aussi était réveillé. Ce dernier ne savait pas du tout qui était cet homme si en colère contre lui. Il avait juste eu le malheur de draguer cette magnifique vendeuse, un jour où il se sentait plus seul que d’habitude. Il lui avait seulement proposé un café, qu’elle avait accepté. Sa seule faute était d’être tombé sur la femme de sa vie. 

Riedel s’avance et sortit le couteau, qu’il planta dans le bras de Gabriel. Celui-ci hurla de douleur, mais personne ne l’entendit, hormis Meg qui pleurait et Oliver qui riait. Il lui coupa le bras, qu’il mit dans un sac plastique, le sang coulait sur la bâche qu’il avait délicatement posée sur le sol, sous les tables, pour ne pas faire de tâches. Il continua son travail et décida de l’achever tout de suite. Il lui planta le couteau dans la poitrine, Gabriel suffoqua et on n’entendit plus aucun souffle émanant de lui. Meg hurlait, pleurait, insultait Oliver qui continuait de découper l’homme. « Tu vois, je ne laisse pas de traces. Quand je partirais, tout sera tout propre, ta mère n’aura rien à laver. » Il mit deux heures pour terminer sa boucherie, cinq sacs étaient maintenant remplis. « Allez ma chérie, chacun son tour ! » Elle le supplia de la laisser partir, elle ne dirait rien à personne après tout, et puis, il fallait bien quelqu’un pour s’occuper de la petite ! « Mais ne t’inquiète pas, je serais là, moi », lui dit-il dans un grand sourire. Elle mourut sur le coup, la lame avait transpercé son cœur, elle n’a pas souffert très longtemps. Oliver n’eut pas le courage de la découper, mais il fallait bien se débarrasser du corps, sinon il allait aller en prison. Et puis la prison c’est sale, ce n’est pas pour les braves gens comme lui, ceux qui bossent et qui veulent protéger sa famille. C’est de la faute de tous ces cons aussi, s’ils ne s’étaient pas tous ligués contre lui, tout aurait bien été, il n’aurait pas été obligé de passer à l’action. C’est uniquement à cause de ça, ce n’est pas ma faute à moi, personne ne m’aime, alors que je suis gentil avec tout le monde. C’est en prenant sur lui pour découper son ex-femme qu’il comprit: C’était elle. C’est elle depuis le début. Le banquier n’avait rien à voir avec cela, c’est elle qui avait tout manigancé, qui avait décidé de partir sans aucune raison valable, car Oliver a toujours été un très bon mari, qui rentrait du boulot épuisé mais qui tenait toujours ses engagements. Il jouait des heures avec Mani, qui riait aux éclats quand il la lançait en l’air, il aidait sa femme à préparer le dîner et l’invitait au restaurant, comme ça, sans aucune raison valable. C’est elle qui lui avait offert cette bouteille, juste avant de partir et qui l’avait laissé en évidence. Elle savait très bien que si elle emmenait Mani, il deviendrait fou. C’est elle qui avait demandé à l’infirmière de mentir au sujet de son patron. Personne n’était venu le voir, sauf elle. Oliver ne savait plus que penser. Il jeta les morceaux de corps dans des sacs poubelles, entreposa ces derniers dans son coffre et conduisit jusqu’à la mer. Des heures de conduite plus tard, il se gara sur un pont, lança les sacs dans l’eau et pria pour que personne ne les retrouve. La police l‘arrêta, des jours après. Il avait mit le large vers la Pologne, avait même débuté une pseudo histoire avec une strip-teaseuse. Les corps avaient été retrouvés dans la matinée qui suivit le double meurtre. Il fut tout de suite inculpé. Aucun des jurés ne voulut croire son histoire de machination contre lui. Il fut donc jeté en prison, criant son innocence. Après des années de prison, Oliver non plus ne savait si son histoire était réelle. On lui dit que les deux personnes qu’il avait tué était Gabriel et Mona Strickfield, des habitants de Cologne, que sa femme s’était suicidé après le décès de sa fille. Mais eux aussi mentaient. Évidemment.

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Deuxième Nouvelle :
« Ka-boom »


Ma bombe est un peu rudimentaire, c’est vrai, mais elle devrait fonctionner. Chris est un expert en la matière, je lui fais confiance, malgré son œil manquant. Il a dit qu’il l’avait perdu pendant la Guerre du Golfe. Un éclat d’obus. Au début, je ne le croyais pas, mais c’est vrai qu’il parle allemand avec un accent bien étrange. Et Paul m’a confirmé qu’il est né aux Etats-Unis, que son père est américain et sa mère allemande, mais comme la Guerre l’a complètement chamboulé, il ne supportait plus de vivre aux Etats-Unis, encore moins de reprendre une activité normale dans cette Amérique si castratrice, si envahissante. C’est alors qu’il s’est coupé les cheveux à l’iroquoise pour marquer sa rébellion, et qu’il est venu à Berlin, habiter chez sa mère, où il fabrique des bombes pour « garder la main. » Il paraît que c’est pour ça que Till l’appelle Doom : ça ressemble à Boom mais c’est de bien plus mauvais augure. (Paul dit quand même des choses bien farfelues, je trouve, mais soit !) Chris Schneider est donc un citoyen américain, et un vétéran aussi. Ça, on ne peut jamais l’oublier dès qu’il ouvre la bouche.

« Une guerre, il y en aura une autre, moi, je te le dis ! Ils ont besoin de guerres pour survivre – détruire ce qu’ils construisent, c’est leur putain de gagne-pain ! » répète-t-il souvent, en mastiquant son chewing-gum dans le garage de sa mère, où il traficote ses minuteurs.

C’est dans ce garage que nous nous réunissons régulièrement pour notre Plan. Nous nous appelons la Bande. Une idée de Paul. Nous sommes six – six hommes déterminés. Déterminés à frapper un grand coup pour nous faire entendre. Chris, je vous l’ai déjà présenté. Paul Landers, c’est celui qui m’a fait intégrer la Bande. Il savait non seulement que je ne les dénoncerais pas, mais aussi que j’adhèrerais facilement au Plan. Il n’avait pas si tort.

Je l’ai rencontré à l’hôpital où on le soignait pour de multiples fractures et de graves brûlures, sur le corps et le visage, suite à un accident de voiture dans lequel son épouse et ses deux enfants avaient péri et dont il n’était pas responsable (un poids lourd qui double sans visibilité, lui qui se trouve en face – bam !). Moi, j’étais l’un des infirmiers qui le soignaient. J’étais, oui, parce que j’ai démissionné. J’ai fait ces études d’infirmier et passé le concours dans l’espoir de changer des vies, de me sentir utile mais, confronté à la misère et à la souffrance des gens, je me sentais surtout minable. En particulier face à Paul, qui a été difficile à soigner non pas seulement à cause de ses brûlures, mais aussi à cause de sa psyché, qui a été complètement dévastée par l’accident. Pourtant, c’était, paraît-il, un homme très enjoué, souriant, blagueur, dont la vie ressemblait en tout point à celle du petit gars docile et bien rangé – un peu comme moi, sans la vie de famille. C’est du moins ainsi que j’ai interprété les propos de ses parents à l’hôpital. Mais après l’accident, il n’était plus le même. Son sens de l’humour est devenu un ensemble hétéroclite de sarcasmes et de remarques apocalyptiques. La fatalité l’a touché par un deuil permanent qu’il dissimule derrière l’image d’un lutin diabolique. Et à mes yeux, ça me semble très noble, en fait, même si je ne l’admire pas pour autant.
C’est confronté à Paul que j’ai pris conscience que cette vie n’est en fait qu’une merde. Avant que j’intègre la Bande, nous parlions beaucoup politique, nous refaisions le monde. Et nous tombions souvent d’accord : nous vivons à une époque où l’espoir est spolié, où notre propre sort ne nous appartient pas, où nous sommes tous dirigés comme des marionnettes par des spéculateurs, des patrons, des politiques dénués de sens moral – « tous des enfoirés ! » – et que le seul moyen de parvenir à une forme de liberté, c’est de détruire nous-mêmes ce que ces « enfoirés » construisent avant qu’ils ne le fassent. C’est de cette idée, partagée par Till et Chris, qu’est parti le Plan, d’ailleurs.

Till Lindemann est paralysé de la jambe depuis l’enfance. C’est un vrai mystère, ce type, mais il semblerait (toujours d’après Paul) que ce soit à cause de mauvais traitements. Une fois, j’ai pu examiner sa jambe – il se plaignait de graves douleurs, qui l’avaient saisi d’un coup, alors que Chris nous présentait le concept de la bombe – et aux vues des cicatrices, pas du tout l’œuvre d’un scalpel bien stérilisé, il aurait été maintes fois mutilé au genou, voire même victime d’infections répétées. Mais il ne veut rien dire là-dessus. En même temps, je le comprends. Il est généralement taciturne mais peut exploser à tout moment – c’est, je crois, pour cette raison qu’il porte une crête de cheveux qui ressemble à des lames bien aiguisées : quand il fonce tête baissée, il est bien plus raisonnable de s’écarter de son chemin. C’est officiellement lui le Chef de notre Bande même s’il n’en a pas vraiment l’attitude, seulement la carrure – et le « sceptre » puisque, pour marcher, il se sert d’une canne tête de mort. Un cadeau de Richard.

Richard Kruspe est celui qui a mis Till et Chris en contact et qui a ensuite rallié Olli à la cause. Richard m’est particulièrement antipathique : je n’aime pas ses manières, ni les airs importants qu’il se donne, mais il faut bien faire des concessions dans un groupe. Il a perdu sa main je-ne-sais-plus-comment : son récit de l’accident est ex-trê-me-ment long et jamais tout à fait identique à la version précédente – tout dépend de son état quand il le raconte.
Oliver Riedel, ou Olli, est comme moi : il n’a aucun handicap physique particulier, à part sa grande taille. (Si, ça peut être un handicap, d’être trop grand !) Par contre, il est alcoolique. C’est d’ailleurs comme ça que lui et Richard se sont rencontrés : aux Alcooliques Anonymes. Une fois, j’ai pu discuter avec lui, et il m’a raconté un vague mélodrame familial : sa mère décédée jeune, son père vite remarié, lui se sentant abandonné… mais rien de plus. L’alcool le rend toujours suffisamment impulsif pour faire des trucs débiles mais jamais suffisamment pour se confier totalement.
Je ne sais plus très bien comment nous en sommes venus à vouloir commettre un hold-up dans la plus grande banque berlinoise. Tout s’est décidé à partir d’idées lancées au hasard des conversations, devenues presque des conférences avec nous (car nous parlons beaucoup) données dans le garage de Chris, principalement. Il a été aussi décidé que je serai le « suicide bomber » pour reprendre l’expression de Chris, qui truffe son langage de tant de mots en anglais que je suis souvent obligé d’en demander la traduction à Richard. Une bombe artisanale, évidemment, avec minuteur pour que je ne puisse pas la faire sauter avant les deux heures imparties, pendant lesquelles les autres ont prévu de vider les coffres et de faire passer le Message.
Deux jours avant le hold-up, nous sommes tous réunis dans ce garage pour vérifier les derniers détails.

« Non, LE point essentiel de notre Plan, c’est notre allure ! décrète Richard.
- Genre ! dit Chris.
- J’insiste ! Je pense qu’on devrait tous porter des smokings. Tous identiques. Le symbole en sera plus FORT !
- Si tu veux, concède Till.
- Hein ? fit Paul.
- Yes ! s’exclama Richard.
- Mais c’est pas pratique, un smoking ! se plaint Paul.
- Oh ! Arrête ! Till est d’accord avec moi, alors ça se fera ainsi. Point barre !
- Non ! On vote !
- Oh, et c’est reparti… se lamente Olli.
- On va pas voter sur ça ! proteste Richard.
- On vote !
- Mais tu fais chier, des fois, toi !
- On vote !
- Bon, très bien, très bien ! On vote, soupire Richard. Qui est contre les smokings ?
- Ah ça, c’est une formulation biaisée ! s’exclame Paul.
- Hein ?
- Qui est POUR les smokings ?
- Mais t’es con, ma parole !
- Ta gueule ! Alors qui est pour ? »

Olli et Till lèvent la main en même temps que Richard. Chris hésite puis se rallie.

«  On aura l’air classy, au moins, conclut-il en me regardant.
- Tu parles… » ronchonne Paul.

Le lendemain, Richard a trouvé les smokings qui lui convenaient dans une friperie qui les avait elle-même obtenus à la suite d’un mariage annulé. Evidemment, le mien est trop grand et celui de Till, trop serré, mais ça n’a pas d’importance. Nous sommes tout proches du but.
« Ça va faire Ka-boom ! » répète inlassablement Chris qui trépigne d’impatience dans la voiture que nous avons garée devant la banque le jour de la mise en place du Plan.

Les mains d’Olli tremblent un peu sur le volant. Till, à côté de moi, regarde sa tête de mort. Paul et Richard se sont placés en éclaireurs près de l’entrée.
« Ka-boom ! »

Sur ces mots, nous sortons de la voiture ; Olli et Chris enfilent un bas sur la tête et sortent du coffre de la voiture ma bombe, pour ensuite l’accrocher solidement autour de moi, et leurs armes. Dans ma main, le détonateur. Till sur nos talons, nous nous dirigeons vers la banque, où nous prenons vite le contrôle de la situation. Il n’y a quasiment personne à l’intérieur ce matin : une vieille dame, un homme d’affaires, une secrétaire, la directrice, un vigile. Olli se met en place pour surveiller l’entrée ; Chris menace les otages de sa kalachnikov ; Richard et Paul me hissent sur le guichet sur lequel Richard monte d’un bond pour attraper la secrétaire avant qu’elle ne sonne l’alerte. Finalement, c’est Richard qui appuie malencontreusement sur le bouton rouge avec sa prothèse.

Ça le rend tellement furieux qu’il s’acharne sur la blonde, la cogne de sa main valide, qui tient encore le pistolet, jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Ça fait ricaner Paul, qui ouvre toutes les caisses l’une après l’autre pour jeter leur contenu en l’air.
« C’est vraiment tout ce que vous avez ?! Ah ! Ça nous déçoit beaucoup ! »

Une fois que Till est entré à son tour et qu’on a barricadé l’entrée, l’effervescence est à son comble. Olli, Richard, Paul et Chris ont même fini par retirer leur bas. Après tout, nous n’avons plus rien à perdre. Nous sommes là pour tout exterminer.

Alors que Paul s’en prend verbalement à la directrice obstinée, en lui racontant comment il va s’amuser à « découper ses gros nibards pour en faire de la chair à pâté, » nous entendons les sirènes des policiers. D’un coup d’œil rapide par la fenêtre, Olli repère la situation. Il revient vers nous et signale que les journalistes sont aussi arrivés. La phase 2 du Plan se met en place : les flics nous contactent par téléphone ; Chris leur répond que nous voulons au minimum cinq caméras et une dizaine de journalistes pour diffuser un message sur toutes les chaînes publiques du pays ; il sélectionne la mémé pour servir de monnaie d’échange ; Olli sort de la banque avec elle et fait rentrer les journalistes, non sans avoir fait le kéké sous l’hélico des flics.

« Vous avez encore bu, tous les deux, non ? remarque Paul.
- Ouais, dit Olli avec un sourire béat.
- Contrairement à certains, on n’est pas fous au naturel ! » nargue Richard.

Il fait un clin d’œil à Olli, qui pouffe de rire. Paul le dévisage sans sourire puis gifle la directrice.
« N’empêche, ça fait un bien fou d’être fou ! » s’exclame-t-il en riant de la directrice, complètement abasourdie.
On place les journalistes dans son bureau où, du coin de l’œil, je vois qu’ils s’installent avec frénésie en face de Till, enfoncé dans un grand fauteuil. Till a appris son texte par cœur. Son texte, il l’a aussi écrit avec minutie. Il se veut un peu poète à ses heures, même s’il n’a jamais réussi à publier quoi que ce soit. Je crois que c’est de là que vient une autre partie de son animosité envers le monde.

Pendant tout ce temps-là, Paul est parti avec la directrice pour la forcer à donner le code d’accès devant les coffres. Et probablement aussi pour abuser d’elle, vus les cris qu’elle pousse maintenant.
« Arrête tes conneries, Paul ! gueule Richard. On filme ! »

Devant les caméras, Till semble encore plus timide. Il garde la tête baissée ; son visage grimace légèrement. Mais il finit par dire son texte :

Meine Sachen will ich pflegen
Den Rest in Schutt und Asche legen
Zerreißen zerschmeißen
Zerdrücken zerpflücken
Ich geh am Gartenzaun entlang
Wieder spür ich diesen Drang

Ich muss zerstören
Doch es darf nicht mir gehören

Ich nehme eure Siebensachen
Werde sie zunichte machen
Zersägen zerlegen
Nicht fragen zerschlagen
Und jetzt die Königsdisziplin
Ein Köpfchen von der Puppe ziehen
Verletzen zerfetzen zersetzen

Ich würde gern etwas zerstören
Doch es darf nicht mir gehören
Ich will ein guter Junge sein
Doch das Verlangen holt mich ein

Zerreißen zerschmeißen
Zerdrücken zerpflücken
Zerhauen und klauen
Nicht fragen zerschlagen
Zerfetzen verletzen
Zerbrennen dann rennen
Zersägen zerlegen
Zerbrechen sich rächen


J’aperçois les journalistes qui font une drôle de tête ; ils se regardent entre eux, sans savoir comment réagir. Till ne sourit pas, ne dit rien de plus. Il regarde mollement Paul et Richard qui s’approchent derrière eux et les abattent très vite, avant même qu’ils aient eu le temps de se lever pour la plupart. Paul et Richard se regardent fièrement et rechargent leur flingue. Ils reviennent dans le hall principal avec Till et finissent d’abattre les otages que Chris a commencé à buter.

Les policiers, inquiets à cause des coups de feu, rappellent. Chris ne répond pas cette fois-ci. C’est la phase 3 du Plan. Ils vont faire semblant de se rendre pendant que je ferai tout péter. Avant ça, ils font un tas des billets ramassés dans les coffres et y mettent le feu. Leurs yeux brillent d’une lueur angélique quand ils contemplent le brasier. Les flammes, c’est un peu comme les morts : elles ont quelque chose de fascinant quand leur nombre s’accumule jusqu’à ne former qu’une masse instable, où chaque élément se confond avec un autre, puis s’en dissocie soudain en crépitant, avant de s’enfuir à nouveau dans la masse.
Chris, Olli, Paul et Richard posent leurs armes par terre et se dirigent tranquillement vers l’entrée ; Till se retourne vers moi, regarde le minuteur qui n’affiche plus que trente secondes, et sort à son tour.

$

Ces trente secondes me semblent être les plus longues de ma vie. Alors que je vois, derrière la porte d’entrée, un remue-ménage indistinct, des ombres qui attrapent d’autres ombres dans un brouhaha assourdi de cris et d’ordres, je regarde mon minuteur qui descend lentement à zéro.

Derrière moi, j’entends un bruissement. Des petits pas.
« Qui est là ? »

Pas de réponse. Je descends de mon perchoir et me dirige tant bien que mal vers un couloir peu éclairé où il n’y a toujours personne en vue. Je regarde mon minuteur : 10 secondes. Je me dis que j’ai bien le temps de marcher jusqu’à la porte des toilettes. Derrière elle, une petite fille s’y était cachée. Une petite fille blonde avec un T-shirt gris, un pantalon rose et des lunettes carrées. Elle me regarde avec des yeux larmoyants.
5
Je fais comme si je ne l’ai pas vue.
4
Je retourne jusqu’au hall.
3
Je me rends soudain compte de tout ce qui vient de se passer.
2
Mais je n’ai aucun remords, non.
1
La porte d’entrée est bloquée par un ingénieux système réalisé par Chris. Les policiers ne l’ont pas encore compris.
Clic.
Je regarde mon minuteur, désormais à zéro. Je décroche le harnais et pose délicatement la bombe au sol. Je ramasse le flingue de Richard resté à mes pieds, m’éloigne un peu et me tire une balle dans la tête.

Er traf ein Mädchen, das war blind
Geteiltes Leid und gleichgesinnt
Sah einen Stern vom Himmel gehen
Und wünschte sich sie könnte sehen
Sie hat die Augen aufgemacht
Verließ ihn noch zur selben Nacht

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Troisième Nouvelle :
« Final flamboyant »


Paris, Mai 2015.

« - Les mecs ?
- Oui?
- Je suis content d’être là ce soir. Avec vous. Je suis content d’avoir vécu tout ça avec vous.
- Ce n’est pas la semaine prochaine le moment émotion avec larmes et embrassades ?
- Je vois que ta sensibilité n’a rien perdu de sa réputation.
- Tu me connais.
- Ouais. »

Chacun de nous nous miment à sourire. Pourquoi ? Nous ne le savions pas trop. Un sentiment de nostalgie grandissait dans notre poitrine en même temps qu’une impression de plénitude. Nous étions heureux. Heureux d’être là, ensemble. Ce groupe de six que rien, en plus de 20 ans, n’avait réussi à détruire. Oui, il y avait eu des moments difficiles… mais ils faisaient partie du passé. 
En ce jour, nous vivions au présent… Et notre cœur était tourné vers l’avenir.
Ce soir était la dernière nuit de Rammstein à l’étranger. Bien que Paris ne fût plus vraiment une ville étrangère à nos yeux, nous ne pouvions nous empêcher de penser que cette soirée marquait une petite fin à nos vies.
Le lendemain, nous rentrerions chez nous. La dernière date de la tournée serait dans une semaine à Berlin. Nous allions nous séparer là où tout avait commencé. 
Bien sûr, il y avait eu des moments merveilleux et ça allait nous manquer, et bien sûr le retour à une vie normale après ça allait paraître étrange et difficile… mais nous en avions tous besoin. C’est ce à quoi nous aspirions désormais. Rammstein avait fait son temps, nous devions désormais tourner la page et vivre une autre vie… celle qui nous attendait sagement depuis des années.

« Tu as des nouvelles d’Arielle ?
- Toujours pas non. Et toi, de Gina ?
- Pas depuis avant-hier non plus. Et vous ? Des nouvelles de vos femmes ?
- Pas un mot depuis hier soir.
- J’ai eu Juna ce matin au téléphone. Mais rien de spécial… Pourquoi ? Vous pensez toujours qu’elles nous préparent quelque chose ?
- Ca ne m’étonnerait pas d’elles à vrai dire. Et je pense que les jeunes sont dans le coup aussi. Khira est bizarre ces derniers jours.
- Oui, Ern aussi, je lui ai parlé il y a quelques jours, j’ai l’impression qu’il me cachait quelque chose. Ca pourrait être sympa… Je veux dire, pour clore Rammstein en beauté, peut-être qu’ils organisent une fête qui réunisse nos familles une dernière fois.
- Pourquoi pas…
- J’imaginais plus… je ne sais pas, une surprise à Berlin, par exemple qu’ils viennent tous pour le « very last one »… 
- Oui, ou… qu’ils nous rejoignent ici. Ils savent qu’on est coincé en France jusqu’à la dédicace de mardi et qu’on ne fera rien entre temps. Et surtout, on est à Paris. Les nanas sont folles de Paris.
- Tu marques un point.
- Ou alors ils ne feront rien du tout.
- Possible … 
- On verra bien… »

Nous continuâmes à  nous préparer pour le show, et bientôt toute parole devint difficilement supportable. Cela faisait quelques années qu’il en était ainsi : avant le concert nous passions près d’une demi-heure sans nous parler. Nous nous concentrions sur nos tenues, nos maquillages, nos coiffures, nos instruments préalablement installés dans nos loges. Puis, quand nous avions terminés, nous nous réunissions dans une pièce commune et écoutions la dernière chanson du groupe de première partie en sentant la tension monter. C’était une bonne tension, celle qui était nécessaire. Un peu de trac était toujours le bienvenu. Monter sur scène sans appréhension, c’était monter sur scène sans passion, sans la volonté absolue de vendre du rêve à ceux venus pour nous acclamer. Et nous ne voulions pas ça.

En général ce moment était celui où les membres du staff qui nous connaissaient bien venaient nous souhaiter un bon concert. Notre manager ne tarda d’ailleurs pas à faire son entrée.
« Les gars… La France compte sur vous. Donnez tout ce que vous avez. »
Nous le regardâmes d’un air inintéressé. Il n’insista pas et repartit, l’allure pressé.

« Celui-là au moins, il ne me manquera pas.
- Il ne faut pas dire ça…
- Pourtant je le dis. Emu était mille fois mieux que ce type.
- Emu a déconné plus d’une fois.
- Mais il savait ce qui était bien pour nous.
- Il se servait de nous.
- Et sans lui nous ne serions pas là.
- Ca ne sert à rien d’avoir ce débat là une fois de plus. Je crois qu’on a déjà fait le tour de la question. 
- Où est Jacob ? Je pensais qu’il passerait nous voir avant le concert.
- Quelle heure est-il ?
- 8h55.
- Ca va être à nous.
- Richard, tu sers ? »

Une fois les six verres remplis de Tequila (une fois n’est pas coutume, Schneider aussi eut un shooter), nous trinquâmes à ce dernier show et bûmes d’une traite cette boisson du courage.
Sans nous regarder, nous sortîmes alors de la salle et nous dirigeâmes vers la scène, quand Richard, en tête du groupe, se figea soudain en voyant à sa gauche un tableau qui lui fit comme une boule au cœur.
« Jacob ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ? »

Jacob Hellner, notre producteur et ami de longue date dont nous avions attendu les encouragements quelques minutes auparavant, s’était isolé dans une petite pièce sombre non loin du couloir principal. Son visage habituellement plein de vie était éteint,  il tenait son portable dans la main et ses joues étaient baignées de larmes.
A la suite du guitariste, nous entrâmes tous dans cette salle obscure, et Jacob mit un certain temps avant de s’apercevoir de notre présence. Ses yeux devenus rouge sang par un chagrin dont nous ignorions la nature s’agrandirent en nous voyant arriver et fuirent, terrifiés devant nos regards. Richard répéta sa question.

« Rien… rien, chuchota-t-il sans conviction.
- Jacob, enfin… On ne t’a jamais vu comme ça, qu’est-ce qu’il t’arrive ?
- C’est…  C’est l’heure de votre concert, allez-y vite.
- Mais enfin…
- Nous en parlerons plus tard. Plus tard… après le concert.
- Tu es sûr ? »

Nous étions un peu perturbés, il est vrai. Cet homme qui était notre ami n’avait jamais pleuré devant nous. Il était d’une force de caractère rare, capable de beaucoup de choses et en particulier de mettre ses sentiments de côté pour le bien de ses projets. Mais ce soir, le monde semblait s’être abattu sur ses épaules. 
Il regarda son téléphone au creux de sa main et ses larmes se remirent à couler. Il gémit, abattu, et supplia presque :
« Allez-y. Le public vous attend. »

Till s’avança vers lui machinalement, mais Schneider le bloqua.
« Il a raison. Nous avons un concert à assurer. »
S’en suivit un silence de plomb et un échange de regards. Nous avions compris que la raison du désarroi de Jacob pouvait également nous affecter, non seulement nous, mais également notre show. 
Till recula et sortit le premier de la pièce. Olli le suivit, puis Schneider, Flake, Richard, et moi en dernier. 

Tout mot fut inutile avant de monter sur scène, nous savions que la seule chose que nous avions à faire était d’oublier ce que nous venions de voir, et respecter ce que l’on s’était dit une heure auparavant : Offrir à nos fans du Rammstein digne d’eux.

Notre entrée sur cette tournée n’était pas la meilleure que nous ayons eue au cours de nos différentes mises en scène, mais elle avait le mérite d’être simple et efficace.
Derrière le rideau noir, les premières notes de Mein Herz brennt s’échappèrent de nos instruments et la foule en délire hurla comme un nouveau né. Lorsque Till commença à chanter, des flammes vinrent danser sur le rideau, formant une gigantesque réplique de notre célèbre logo. Till, alors muni d’un lance-flamme, trancha net le haut du voile qui tomba en cendres sur scène au moment où la musique s’emballa.
Nous étions désormais face à la foule, et l’adrénaline finit d’envahir le sang qui coulait dans nos veines.

La salle de Bercy nous était devenue familière, mais l’ambiance qui y régnait était extraordinaire. Nous n’étions pas face à des amateurs de metal, nous étions face à des fans absolus de notre groupe, comme si nos plus grands fans avaient étés sélectionnés pour venir participer à ce show. Chaque centimètre carré de la salle était en mouvement, fosse ou gradin, à gauche, à droite, au fond de la fosse comme au premier rang, chaque individu connaissait l’ampleur de cette soirée, et chacun voulait en garder un souvenir impérissable. 
Le regard de Till, habituellement focalisé sur les ingénieurs du son, s’envola vers la foule uniforme et bruyante qui lui faisait face. 
Nous n’eûmes pas de mal à oublier Jacob.

Face à tous ces fans, nous nous laissâmes envahir par la musique, l’ambiance, et nous savions alors que nous étions en train de passer une des plus belles soirées de notre vie. Nos pensées se dirigèrent naturellement vers les personnes que nous aimions et avec qui nous aurions volontiers partagé ce moment : notre famille, nos femmes… Que nous allions bientôt retrouver, pour ne plus quitter. Cette pensée, simple et belle, finit de combler notre euphorie et la soirée devint parfaite. Sans doute trop parfaite.

Mein Herz brennt s’acheva, puis vient la deuxième chanson, puis la troisième, toujours dans la même ambiance festive et bestiale, pleine d’entrain et d’amour… pour la quatrième chanson nous avions décidés de faire une surprise à notre public, et l’effet fut escompté lors des premières notes de Heirate mich. 
Till, à genoux, leva alors les yeux vers ce qu’il avait en face de lui et rata son premier couplet. 

Surpris par ce manque de rigueur inhabituel, nous improvisâmes un retour en arrière musical qui lui permit de se reprendre et de recommencer la chanson dès le début. Mais il semblait perturbé. Aux yeux de la foule, il était probablement le même qu’il avait toujours été, mais pour nous, il était différent, ailleurs. Ses yeux ne cessaient de revenir sur la sono, et son regard habituellement si confiant semblait plein de doute. Étant le plus enclin à m’en rendre compte, je regardai dans la même direction que lui et mon estomac  eut un raté. Je me retournai vers Olli et Schneider, et Flake perçu également mon signal. Chacun de nous dirigeâmes alors nos yeux vers ce qui se trouvait en dessus de la sono, dans les gradins : l’espace gardé pour les VIP. Un espace vide.
C’était la première fois que ces sièges n’étaient occupés par personne. Habituellement, quand la famille ou les amis ne pouvaient pas faire le déplacement, des membres du staff invitaient leurs propres proches, faisaient venir les créateurs de sites sur le groupe ou même des groupes de fans qui s’étaient fait connaitre sur le net. Mais jamais nous ne nous étions retrouvés avec autant de sièges vides. Encore moins dans un pays aussi proche du notre.

Nous avions à présent tous le regard tournés vers cette partie de la salle, et nos bras, nos mains, notre voix, jouaient et chantait machinalement des couplets appris par cœur au fil du temps et des représentations; mais notre esprit était ailleurs. Il oscillait entre cette espace vide et le souvenir soudain à nouveau très net de Jacob quelques minutes auparavant. 
Quelque chose n’allait pas, quelque chose n’était pas normal. Mais il fallait continuer, faire fi de cette perturbation et assurer le concert comme nous nous l’étions promis. 

Le dernier couplet arriva et nous enchainâmes sur l’incontournable Feuer Frei, au cours duquel nous tentâmes de laisser de côté nos interrogations et émotions et de nous concentrer uniquement sur le concert. Je raccrochai un sourire sur mes lèvres et plaisantai avec quelques jeunes filles du premier rang, tandis que Till donnait tout ce que sa voix était encore capable de produire. Lorsqu’il retourna hors scène pour rendre son masque de feu, il y resta cependant plus longtemps que d’habitude, et lorsqu’il revint enfin parmi nous ses yeux s’étaient embués de larmes ; mais il ne nous envoya aucun signal, son corps resta fier et droit, le regard dirigé vers un point inconnu, au dessus des gradins, par delà la foule.
Il rata le premier couplet de Benzin, mais ne s’en préoccupait guère. Statique, il semblait ne même plus se rendre compte que nous étions au beau milieu d’un concert. Il se laissait envahir par l’adrénaline que lui procurait la foule, mais au lieu de l’expulser dans une énergie folle comme il en avait l’habitude, il la digérait comme s’il comblait un immense vide intérieur.
Au bout de quelques minutes, les spectateurs commencèrent à s’impatienter, et nous à nous inquiéter de son attitude et de la fin de ce show.
Ne sachant que faire, Richard s’approcha de Till et lui murmura quelques mots. N’obtenant pas de réponses, il cessa de jouer et nous fîmes tous de même. Un silence d’incompréhension s’empara de la scène tandis que la foule hurlait à n’en plus pouvoir. Soudain, Till attrapa son micro et balança les premiers vers d’une chanson que nous n’avions jamais joué en live.
« Ein Flugzeug liegt im Abendwind… »

Automatiquement, nous reprîmes ce morceau  et l’accompagnâmes dans l’incompréhension générale. Ce fut seulement quand arriva le refrain que Till se retourna lentement face à nous et nous lança un regard que nous n’avions jamais vu chez lui. Il inspira profondément et porta le micro à ses lèvres pour nous dire ces mots que personne d’autre ne pouvait comprendre.
« Vous aviez raison. Ils voulaient nous faire une surprise. »

Le calme envahit à nouveau la salle et nous nous rendîmes compte que nous nous étions arrêtés de jouer.  
L’information semblait avoir paralysé notre cerveau et nos membres avant même que nous ayons réellement compris ce que Till voulait dire. Ou peut-être simplement que nous refusions de comprendre. Mais seconde après seconde notre cœur se meurtrit en admettant que notre ami venait de nous annoncer une terrible vérité. 
Alors, le lien sembla se faire dans nos consciences.
Nos familles qui nous préparaient quelque chose. Jacob en pleurs. Les chaises vides. Et l’histoire d’un avion prit par la tempête.

Le silence de mort perdura pendant des secondes, des minutes, un quart d’heure ? Le bruit de la foule ne nous parvenait plus, plus rien n’avait d’importance. Plus rien. Pas même nous. Nous n’étions plus que des carcasses vides incapables de penser, de parler, de bouger. Notre existence n’avait plus de sens, nous n’étions plus. 
Dans nos esprits, des images, des visages nous hantères ainsi que des voix que nous n’entendrons plus. Je pensais à Arielle, à Emil, à Ern, à Lili, à tous ceux pour qui je vivais et qui ne vivaient plus. Grâce à eux j’étais devenu Paul, le Paul que mes proches connaissaient bien. Mais s’ils n’étaient plus, alors qui étais-je ? 
Le monde s’écroula, ma tête se mit à tourner et ma vision se réduit à néant. 
Mais comme à mes collègues, une dernière chose me faisait tenir debout : l’énergie que la foule dégageait. Une énergie si épaisse, si palpable, qu’elle semblait être la dernière chose qui restait sur cette terre. 
Pourquoi ce qui nous faisait vivre était devenu aussi insignifiant que des fans dans une salle de concert ? Pourquoi fallait-il que nous continuions à exister juste pour eux ? C’était dénué de sens, injuste. C’était intolérable.


Puis un bruit. Puis deux. Un son répétitif. Un à un, nous levâmes tous nos yeux en direction de ce battement perpétuel : Schneider s’était mis à taper sur ses caisses. Ce n’était pas vraiment de la musique, mais il se défoulait, se débattait presque. De plus en plus rapidement, ses baguettes vinrent percuter sa batterie et soudain le début d’une de nos compositions vint prendre forme sous ses doigts. Zerstören.
 Alors, tous ensemble, nous attrapâmes nos instruments respectifs et l’accompagnâmes sur ce morceau qui collait de plus en plus à notre état d’esprit. Till s’éclipsa une fois de plus hors de la scène, mais revint rapidement les bras chargés de ses fidèles compagnons : ses trois lance-flammes. Il en distribua deux à Richard et moi qui abandonnâmes nos guitares, et s’en garda un qu’il regarda amoureusement. 
Ces objets dans les mains, nous sentîmes naître la possibilité belle mais terrible de nous débarrasser de toute cette conscience qui nous paralysait et d’enfin laisser éclater cette folie libératrice que nous ne pouvions contenir plus longtemps. Notre souffle se fit plus rapide, le rythme de notre cœur s’affolait et notre bon sens s’était envolé. Nos visages se redressèrent et nos yeux se dilatèrent, pleurant presque d’excitation.

Nous, les trois acolytes du premier rang, dirigeâmes alors nos yeux vers la foule qui ne comprenait plus rien, pendant que les trois autres continuaient de jouer une version déchirée de Zerstören.

Richard, Till et moi n’eûmes pas besoin de se parler pour se donner le signal. Nous ouvrîmes le feu quasi simultanément, dirigeant les flammes dans les airs, puis de plus en plus bas…
Les vigiles s’écartèrent, effarés, mais cela ne fit qu’accroitre la folie qui nous gagnait un à un. Les flammes grandirent et allèrent toucher le premier rang. 
Des cris commencèrent à s’élever de partout, une horde de personnel de la sécurité débarqua sur scène mais fut vite arrêté par le feu qui en crama quelques-uns. Plus personne n’osait bouger, seule la foule se mit à paniquer et à se tordre dans tous les sens, se grimpant et se marchant dessus en créant un chaos magnifique pour échapper à nos flammes. 
Nous nous délections de ce spectacle. Nous riions de notre euphorie.

Il fallait frapper fort pour se sentir bien, frapper violemment pour respirer, frapper pour nous libérer des pensées néfastes et des mauvaises toxines qui nous brouillaient la tête. 
Nous étions redevenus des animaux sauvages et nos armes étaient plus puissantes que celles de toutes ces fourmis dressées devant nous. Elles nous avaient aimés, elles allaient mourir pour nous.
Les torches humaines devinrent de plus en plus nombreuses dans les premiers rangs et les hurlements couvrirent bientôt la batterie de Schneider, qui redoubla d’intensité, encouragé par Flake et Olli toujours à ses côtés.

Et le show continua. Que se passa-t-il exactement ? Aucun de nous ne le savait vraiment. Seules de brèves images se frayaient un chemin jusqu’à notre cerveau. 
Moi,  riant au visage effrayé de la fille à qui j’avais envoyé des sourires au début du concert, avant de diriger mon lance-flammes sur elle et de la regarder se consumer sous les yeux de ses amis.
Richard brûlant vif des membres de la sécurité qui souhaitaient faire cesser le feu. 
Olli enflammant sa basse avant de s’en servir pour cogner le staff.
Till sautant dans la fosse et marchant sur des cadavres frais en séchant les larmes d’horreur de celles et ceux qui l’avaient adoré avec la chaleur mortelle de son arme. 
Schneider sautant par-dessus sa batterie pour aller s’engouffrer derrière la scène chercher l’arc de Du riechst so gut.
Flake traversant la scène en courant et sautant sur la foule encore debout qui l’écrasa au sol et le piétina. 
La fumée omniprésente aux quatre coins de Bercy. Les cris. L’horreur.

Notre bonheur. 
Nous étions plus vivants que jamais.



Il était près de 23h quand la police arriva, suivie de près par les pompiers, la gendarmerie et les ambulances. La moitié de la salle s’était déjà éteinte. Il régnait une puanteur extrême qui commençait à nous faire suffoquer. Nous savions que c’était la fin.
Alors nous nous rejoignîmes au milieu des cadavres en regardant les forces de l’ordre se frayer un chemin jusqu’à nous. Je posai les yeux vers les corps chevelus qui jonchaient le sol à quelques centimètres de nous, et ris.
« Nous n’avons jamais été aussi proche de nos fans. »

A peine eu-je fini cette phrase qu’une larme se déversa sur ma joue pour atterrir dans le coin de mon sourire. Une larme suivie par une autre, puis une autre, puis par une quantité innombrable d’eau salée qui vint recouvrir mon visage. Olli m’entoura alors de ses bras, et Richard et Schneider vinrent silencieusement se faire une longue accolade qui trempa leurs dos dénudés. 
« Où est Flake ? » Lança alors Till.

Son regard se perdit dans la fosse, et il eut à peine le temps d’apercevoir le corps sanglant et sans vie de notre ami que la police lui avait déjà attrapé les bras et menottés les poignets ; Tout comme elle l’avait fait avec Schneider, Richard et Olli.
Alors, dernier homme aux mains libres, je couru attraper mon lance-flammes resté sur scène en brûlant le gendarme qui avait tenté de m’en empêcher. 
Je pris le flingue accroché au ceinturon de son cadavre fumant, et, tremblant, le pointa vers ma propre tête. Till hurla et tous les regards se tournèrent vers moi. 

« Paul, ne fait pas ça ! 
- Mr Landers, posez cette arme.
- Ne bougez plus. »

Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire, mais alors que je sentais les larmes continuer de rouler le long de mes joues, je savais ce qui me serait insupportable : vivre avec cette soirée sur la conscience. J’avais tout perdu ce soir et je ne comptais pas continuer à vivre juste pour le plaisir rester en vie. Je regardai mes amis, les mains prises et dont l’avenir semblait tout tracé : interrogatoires, jugement, confrontation avec les familles des victimes, honte, désespoir, prison à perpétuité… ou au mieux hôpital psychiatrique.
Et alors, me vint une idée. Une idée de partage. Je regardai le révolver que j’éloignai de ma tempe.
« C’est un six coups. »

Je pointai alors l’arme vers Till dont les yeux s’agrandirent sous la surprise, et tirai. L’homme s’abattu sur le sol en un bruit lourd, mais me sachant entouré d’agents des forces de l’ordre je ne m’attardai pas et pointai la visière vers Schneider, puis Olli, puis Richard. Tous tombèrent sans comprendre, délivrés de leurs consciences.
Il restait deux balles. Je dirigeai la première vers le corps inerte de mon plus vieil ami, qui se souleva sous le choc. La dernière balle était pour moi. 
Je dirigeai alors le pointeur vers ma tempe et m’aperçu avec stupéfaction que personne n’avait réellement cherché à me retenir. Je jetai alors un dernier coup d’œil vers mes amis, puis vers le ciel. J’embrassai ma main libre que je posai sur mon cœur, et murmurai.

« Je suis content d’avoir vécu tout ça avec vous.»

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Quatrième Nouvelle :
« Haine destructrice »



« Rosenrot, oh Rosenrot, tiefe Wasser sind nicht still. »

Ce fut sur ces dernières paroles, nées de la plume de Till Lindemann, que s'acheva le concert parisien. Le tout premier concert de leur nouvelle tournée. Les dernières notes de musique résonnèrent dans toute la salle. Le public, encore animé par les puissants riffs de guitare, laissa exprimer son envie de retenir le groupe sur scène et réclama un nouveau morceau. Des « RAMMSTEIN ! RAMMSTEIN ! » se firent entendre d'un côté, tandis que des « Une autre ! Une autre ! » se firent entendre de l'autre. Aussi enflammé que pouvaient l'être les personnes autour de moi, je me joignis à cette explosion de cris et fit connaître à mon tour mon souhait. « Encore une autre, rien qu'une dernière chanson ! Restez encore avec nous ! ». Bien entendu, les membres du groupe ne pouvaient pas m'entendre et encore moins comprendre mon français. Cela m'était égal. Je venais de passer les deux heures les plus intenses de ma courte existence et ce grâce à ce groupe que j'admirais depuis 10 ans maintenant. J'en voulais encore. Encore et toujours plus. 
Les six musiciens allemands s'avancèrent vers le devant de la scène puis s'inclinèrent face à nous, toujours sous les applaudissements. Ils restèrent un petit moment ainsi puis ils finirent par se redresser. Till porta son micro à ses lèvres. Dans un français presque correct, il nous remercia pour notre accueil chaleureux ainsi que pour l'énergie que nous leur avions apporté tout au long du show. « Merci Paris, vous avez été incroyable. Merci beaucoup ». Après avoir entendu ces mots, le public s'échauffa encore plus et remercia à son tour le groupe comme il se devait de l'être. En temps normal, après les remerciements, Till est toujours le premier à quitter la scène mais ce soir-là, ce ne fut pas le cas. Le colosse allemand était toujours là, les yeux posés sur nous. Je n'en étais pas certaine mais il me sembla lire une certaine tristesse dans ses grands yeux bleus. Il continua de nous regarder pendant quelques courts instants, puis il lança un regard à ses compères qui étaient juste à côté de lui. Ces derniers le regardèrent à leur tour et semblèrent acquiescer quelque chose par un léger mouvement de leurs têtes. Till baissa les yeux, pris une profonde inspiration puis finit par reposer son regard sur le public. Il prit de nouveau la parole, en anglais cette fois.

« Guys, we have to tell you something. Something very important but also painful. »

À cet instant, tout le monde cessa toute activité bruyante et se tut. Près de moi, des interrogations se firent sentir. Certains se demandèrent entre eux ce que Till allait bien pouvoir annoncer ; d'autres demandèrent tout simplement la traduction de ce qu'il venait d'être dit. En l'espace de cinq minutes, l'euphorie qui régnait en maître dans Bercy venait de laisser la place à une étrange confusion.

« You have to know that this tour is the last one. Actually, what we are trying to say is … After this tour, Rammstein will be no more. We … 

Remarquant les grimaces de plusieurs personnes dans les premiers rangs de la fosse, là où j'avais pris place, Till décida de s'exprimer en français. En ce qui me concernait, je n'avais pas besoin d'une quelconque traduction pour comprendre ce qui était en train de se produire sous mes yeux ébahis. Une petite perle salée était déjà en train de rouler sur ma joue gauche.

« Après la tournée, Rammstein s'arrête. »

À peine Till avait-il terminé sa phrase qu'un énorme brouhaha rugit dans toute la salle. Les réactions ne mirent pas longtemps à se faire connaître, de la fosse jusqu'aux gradins. Des cris hystériques se firent entendre ; des larmes jaillirent des yeux des fans les plus émotifs. Mais encore plus fou et plus insensé : des propos incohérents fusèrent près de l'endroit où je me trouvais. 

- « Allez c'est ça, retournez dans votre fichu pays les boschs !»

Avais-je vraiment bien entendu ce qu'il venait d'être dit ou bien était-ce le simple fruit de mon imagination ?

- « Ouais, qu'on entende plus votre sale musique de Nazis ! 

Non, je n'étais pas en train de divaguer. Il y avait bel et bien des personnes qui insultaient clairement les origines de Rammstein. Je ne compris absolument pas cette réaction pour le moins surprenante. Pourquoi ces fans se laissèrent-ils aller ainsi ? Pourquoi montraient-ils autant de mépris, voire autant de haine envers le groupe ? C'était tout bonnement invraisemblable ! Je regardai sur ma gauche afin d'apercevoir les auteurs de ces insanités, non loin de moi. C'étaient des gars plutôt costauds, grands, possédant un regard qui vous aspire tout sauf de la sympathie. Le genre typique de mec avec lequel on n'aimerait pas avoir des ennuis. Néanmoins, un jeune homme qui se tenait juste à côté d'eux pris son courage à deux mains et s'adressa à l'un des fauteurs de trouble, celui avec un crâne rasé.

- « Excusez-moi mais, vous êtes bien des fans de Rammstein ? Parce que pour dire de telles choses ... »
- « Nous ? Des adorateurs de ces sales chiens allemands ? », l'interrompit brusquement l'homme au crâne rasé, « Non mais tu nous as bien regardés ou quoi ?! »
- « Mais dans ce cas-là, si vous n'aimez pas ce groupe, qu'est-ce que vous faites-là ? »
- « Comment dire ... En quelque sorte, nous sommes venus prêcher la bonne parole. Nous sommes là pour vous remettre dans le droit chemin, pauvres brebis égarées. »

Après cette dernière phrase, l'homme et sa bande se mirent à rire. Pas un de ces rires auquel on peut avoir le droit après avoir entendu une bonne blague, non. C'était un rire malsain, qui laissait sous-entendre que ces hommes ne nous voulaient certainement pas du bien. Peu à peu, je commençai à prendre conscience de la gravité de la situation. Ces personnes n'étaient en aucun cas des fans de Rammstein et encore moins des partisans de l'Allemagne. Elles faisaient partie d'une tout autre catégorie de personnes, bien plus inquiétante. Des germanophobes.

« Comment ça, nous remettre dans le droit chemin ? » répondit alors le jeune fan. 
« Mes copains et moi, on va t'expliquer un peu mieux ce qu'on veut dire ... »

Sans crier gare, l'homme au crâne rasé s'approcha de celui qui avait osé les importuner et lui donna un violent coup de tête. La pauvre victime, sous la force du coup, tomba instantanément par terre. L'agresseur n'en resta pas là et ordonna à sa meute de continuer le travail en l'assénant de coups de pieds, ce qui fit sur le champ. 

« Mais arrêtez, vous allez le tuer !! Vous êtes fous ! » hurla une jeune fille, horrifiée par ce qu'il se passait sous nos yeux. 
« Tu en veux toi aussi, ma jolie ? Ca peut s'arranger. », dit l'un des assaillants.

Ni une, ni deux, ce dernier flanqua à la pauvre jeune fille une droite phénoménale qui la fit également tomber à la renverse. Les autres fans, médusés, commencèrent à perdre leur sang-froid et à paniquer. « Des malades ! Ce sont des malades ! » Le groupe, qui était toujours sur scène, avait assisté à ce qu'il venait de se passer. Partagés entre l'effroi et l'incompréhension, ils ne semblèrent pas savoir comment réagir. Richard prit le micro des mains de Till et essaya de calmer les tensions par un simple « Guys, calm down please ! » mais bien évidemment, cela ne changea rien à la situation.

« Non mec, on ne va pas se calmer. Bien au contraire. Le spectacle ne fait que commencer. », répliqua l'homme au crâne rasé, qui semblait être, de toute évidence, le chef de la bande.  « Allez les gars, faites donc comprendre à ces moutons qu'on aime pas les allemands ! Et encore moins ceux qui les idolâtrent ! »

C'est alors que surgirent en masse, de plusieurs côtés de la fosse, d'autres hommes. Tous plus baraqués les uns que les autres. Ces espèces d'hooligans devaient être sûrs de leur coup et avaient certainement demandé à leurs renforts de se faire petits jusqu'au signal de leur chef. J'ignorai s'ils avaient eu vent que ce soir-là, le groupe allait annoncer sa dissolution mais dans tous les cas, c'était l'occasion rêvée pour lancer les hostilités. Ils commencèrent par balancer des bouteilles sur scène ainsi que toutes autres choses qui pouvaient servir de projectiles. D'une force inouïe, ils se mirent à pousser violemment tous ceux qui avaient le malheur d'être dans leur champ de vision. Leurs poings et leurs pieds furent la réponse donnée aux pauvres fans qui osaient à peine élever la voix pour tenter de les calmer. « Mais arrêtez, tout ceci n'a aucun sens ! » ; « Nous n'avons rien fait de mal ! ». Mais ce troupeau enragé s'en contrefichait. Une fois lancés, on ne pouvait plus les arrêter. La haine qui les animait se mêla à la panique qui avait pris totale possession du corps de chaque véritable fan. Dont moi inclus. Sous l'emprise de cette très forte agitation, tout le monde chercha un moyen de quitter les lieux au plus vite afin de sauver sa propre peau. Car oui, écrasés les uns contre les autres, malmenés par des fous furieux, nos vies étaient clairement en danger. Seules les personnes qui avaient eu la bonne idée de se placer dans les gradins purent sortir plus rapidement de la salle. Pour la première fois dans ma vie, j'enviai vraiment ces places que j'avais longtemps reniées.

« Légèrement » abasourdie par la terrible scène à laquelle elle assistait, la sécurité s'empressa de faire sortir le groupe afin de les mettre à l'abri. Quelques agents essayèrent malgré tout de sortir quelques uns d'entre nous de cette fosse mortelle mais sans succès. Certains d'entre eux terminèrent même aspirés par la foule incontrôlable à laquelle ils faisaient face. 

« On y arrivera jamais à nous tous seuls ! Appelez vite la police ! » cria un des agents, avant de prendre lâchement ses jambes à son cou.

Nous fûmes alors purement et sordidement abandonnés à notre triste sort. Abandonnés comme des bêtes affolées que l'on aurait enfermées dans un abattoir. Totalement bloquée contre la barrière qui sépare la fosse de la scène, je ne pouvais presque rien faire, à part subir. Je reçu des coups de poings dans mon dos ainsi que des coups de coudes dans le visage. Si mes tympans pouvaient saigner, ils seraient déjà en train de baigner dans une mare de sang tant les hurlements de terreur les perçaient. Mes pieds furent littéralement écrasés par ceux des autres. Certaines personnes autour de moi s'agrippèrent fortement à mes vêtements à moitié déchirés afin de ne pas tomber et mourir piétinés par la cohue. Ça s'insultait ; ça criait ; ça se cognait ; ça se griffait ; ça s'écrasait ; ça se démolissait ... C'était un spectacle effroyable dont nous, personnes sans histoire, étions les malheureux acteurs.

À chaque nouvelle bousculade, la barrière se creusait un peu plus dans mon abdomen. La douleur que je ressentais était si forte que j'avais l'impression que chacun de mes os se broyaient, les uns après les autres. Je … Je devais … Je devais sortir de cet enfer et au plus vite. Rassemblant toutes les forces qu'il pouvait me rester, je mis ma tête vers l'avant et tentai tant bien que mal de pousser mon corps au-dessus de la barrière, à l'aide de mes bras recouverts de griffures. Je poussai, je poussai tout ce que je pouvais puis au bout d'un moment, je sentis mes pieds décoller du sol. Sous la violence des remous de la foule, mon corps passa complètement par dessus la barrière. Je fis quasiment un salto avant et retombai de l'autre côté, le postérieur ayant amorti un minimum ma chute sur ce sol dur. Mon coccyx en prit un sacré coup et il me fallu un court instant avant de pouvoir me relever. Mais à peine venais-je de me remettre debout que des bras surgirent de derrière moi pour venir se plaquer contre ma gorge. 

- « Où est-ce que tu crois aller comme ça toi, hein ?! », cria la personne qui s'accrochait à moi.
- « Vous … Argh, vous m'étranglez. Lâch … Lâchez-moi  ! »

Mais cette personne ne pouvait pas entendre ma petite voix faiblarde parmi toute l'horreur qui avait pris possession des lieux. J'essayai de me dégager des bras qui s'étaient enroulés autour de ma gorge mais sans succès. La rage de mon agresseur était telle que sa force s'en était retrouvée décuplée. Ma respiration se fit alors de plus en plus difficile. Ma vue commença à se troubler. Mes dernières forces m'abandonnèrent peu à peu. Je ne pouvais bientôt plus tenir sur mes propres jambes. J'avais déjà mis un pied dans la tombe, l'autre n'allait pas tarder à le rejoindre. Je levai les yeux vers la scène qui me faisait face et eu comme dernière vision un des logos de Rammstein qui faisaient office de décor. Le lendemain-même de ce terrible drame, le journal télévisé révèlera que plus d'une centaine de personnes auront péri sous les coups meurtriers des hooligans germanophobes. Arrivée seulement quelques instants après avoir reçu l'alerte, la police réussit à maîtriser, difficilement, les responsables de cet épouvantable désastre. Certains des hooligans furent si indomptables qu'ils se firent descendre sur place. L'homme au crâne rasé fit partie de ces « victimes ». Si un jour on m'avait dit que ma propre perte serait causée par celle de Rammstein, jamais je ne l'aurais cru. Et pourtant, lors de la soirée du fameux 9 Juin 2015, c'est ce qui était arrivé.

10 commentaires:

  1. Alors, je vais vraiment écrire un looooooooong commentaire pour avoir un avis sur chacun des écrits, et je vais me décider après pour lequel je vais voter !


    Zerbrennen :

    On sent une inspiration venant de la série « Dexter », ce grand criminologiste le jour et serial killer la nuit qui ne ressent aucunes émotions, qui enveloppe la pièce où se trouve ces victimes de cellophane et les jette à la mer. La fin est vraiment surprenante, on se demande si il a vraiment fait tout ça pour le coup ! Le seul bémol c’est que j’ai eu un peu de mal avec la troisième personne, mais ça doit venir du fait que je suis fatiguée ! lol.

    Ka-Boom :

    « Ich Will ! » dans toute la splendeur de son clip ! Je trouve ça plutôt malin d’y avoir pensé ! Pas de tiraillement psychologique, ça change ! Le texte est facile à lire, il y a même des passages qui m’ont fait sourire (comme l’histoire du smoking !). On se croirait vraiment dans le clip ! Cette fin, avec la petite fille … Je ne m’y attendais pas ! C’est surtout le fait aussi que notre personnage n’ait aucunes émotions et aucuns remords envers cette petite fille.

    Final flamboyant :

    … Je ne sais pas quoi dire … Cette nouvelle m’a coupé le souffle. Je me doutais de cette « mauvaise nouvelle » mais la façon dont c’est écrit m’a fortement ému. Puis, le déclin du groupe est magnifiquement raconté. Et cette fin … J’en ai des frissons … Pour le coup, Paul me fait penser au Joker, dans Batman. Son sourire sadique alors qu’il est en train de tuer une centaine de personnes … Et puis, il se rend compte de ce qu’il a fait. Se purifie en pleurant toute les larmes de son corps avant de se libérer, lui et ces amis. Pour le « c’est un six coup », c’est magnifiquement bien trouvé. Quelle ironie …

    Haine destructrice :

    Un début pourtant bien beau qui se finit en boucherie ! Cette nouvelle est bien écrite, et je ne m’attendais pas à ce revirement de situation. Des hooligans germanophobes, fallait y penser ! Se que je trouve dommage ces que ces hooligans n’avaient pas vraiment de revendication, bien sur, ils n’aiment pas la langue de Goethe mais je m’attendais à se qu’ils passent un message. Mais sinon, j’aime beaucoup l’idée !


    Sinon, Bravo à tous de nous avoir fait partager vos écrit, tous formidable les uns que les autres. J’ai eu beaucoup de mal à me décider mais la nouvelle qui m’a vraiment le plus plu est ... *roulement de tambours* ... « Final flamboyant » ! D’une part par que l’auteur a une magnifique plume et que l’histoire se lit d’une traite, et d’autre par parce que cette histoire m’a fortement ému, j’en avais une boule au ventre, c’est pour dire !

    Mille fois merci de nous avoir fait partager vos nouvelles, en espérant relire vos écrits dans le futur !

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  2. Avant toute chose, je souhaiterais féliciter les auteurs de ces nouvelles. Chacune d'elle respecte le thème du concours ; j'ai pris beaucoup de plaisir à les lire !

    Maintenant, il faut faire un choix et ce dernier s'est porté sur la nouvelle « Final flamboyant ». À mes yeux, le thème « Zerstören » est ici exploité à son paroxysme. Non mais imaginez : le groupe qui subit un terrible choc psychologique en plein concert et qui, par la suite, pète complètement les boulons au point de brûler vives de pauvres personnes innocentes ... Sans parler de la fin ! L'envie de destruction vient petit à petit pour terminer en apogée. Les gestes commis sont tous aussi forts les uns que les autres. Cette histoire m'a complètement scotchée, vraiment. Elle m'a limite donnée froid dans le dos. Bravo à l'auteur !

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  3. (Arf ! mon commentaire est trop long. >_< Je le poste en plusieurs parties)

    Choix difficile, je trouve les trois nouvelles très bien écrites, et j’ai dû relire puis réfléchir jusqu’à aujourd’hui pour en désigner une seule préférée.
    Bref ! Mon vote va à Final Flamboyant !
    J’avais trois critères de base pour comparer : l’intrigue, la langue, le style, sachant que c’est souvent ce dernier qui a sur moi le plus fort impact.

    Côté correction de la langue, les trois nouvelles sont de très bon niveau, il y a juste un tout petit peu plus de coquilles dans la première.

    Côté intrigue, Haine Destructrice m’a gênée car je n’aurais jamais imaginé appliquer le phénomène hooligan à autre chose qu’une rencontre sportive, où il y a la mise en scène d’un duel à la base, au moins entre deux équipes (les hooligans ne se servent pas seulement de la rencontre sportive comme prétexte – c’est cette rencontre qui nourrit l’idée même de bataille contre l’adversaire) ; et même en relisant, j’ai toujours du mal à comprendre les raisons qui pousseraient des germanophobes à payer une place de concert pour ensuite humilier le groupe et se déchaîner sur les fans. Ce se serait passer à la sortie du concert, peut-être que ça m’aurait paru plus vraisemblable… Ou ils auraient été des skinheads demeurés au point de croire que Rammstein sont d’extrême-droite et de vouloir se défouler sur des « faux fans » qui, selon ces néo-Nazis, ne seraient pas dignes du groupe, j’aurais mieux compris. Mais peut-être que c’est justement ça que l’auteur a voulu éviter (le cliché habituel du skinhead qui pige que dalle) ?…

    Le choix du point de vue est intéressant par contre. Déjà, je n’arrive pas à dire si le narrateur peut être une narratrice – quand il est aussi personnage, c’est vraiment épatant de réussir à échapper au classement par genre (ou alors, j’ai zappé un adjectif ou un participe passé révélateur ^^). Du coup, on a l’impression que le narrateur n’est plus personnage mais narrateur omniscient car il observe plus qu’il n’agit (le fait d’être mort doit aider pour avoir ce regard global sur l’action). Or, cette position désincarnée permet de gagner sur l’ensemble (on sait ce qu’il se passe le lendemain alors qu’on dirait bien que le personnage-narrateur meurt – on a donc plus d’information) mais elle fait perdre sur le particulier (l’intensité de la folie en fosse, la survie à tout prix, paraît amoindrie justement parce que le personnage-narrateur s’oublie souvent pour raconter ce qui se passe autour).

    Conclusion : Haine Destructrice me laisse sur un sentiment partagé. L’idée de l’annonce de la fin de Rammstein en plein concert suivie d’un désastre me plaît – l’idée de se servir d’un personnage à la voix ambiguë aussi. C’est juste le fait de combiner les deux qui était peut-être trop délicat ?

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  4. Zerbrennen me plaît car, comme une vraie nouvelle, elle reste ouverte à interprétation. Oliver est-il fou ou pas ? A-t-il tué ou non ? Sa fille est décédé de quoi ? C’est sa mort qui sert de détonateur à la folie ?… Difficile de se décider au fond, d’autant plus que le narrateur est aussi personnage…à temps partiel ! D’ailleurs, c’est le coup génial de cette nouvelle : le glissement du il au je, du il au tu : stylistiquement parfait pour décrire au mieux la folie paranoïaque d’Oliver, laissant planer la possibilité d’une schizophrénie.
    Le début est formidable aussi parce que (sans faire de jeu de mot) il rebute ! ^^ Entrée directe dans l’action par un dialogue, ou plutôt une tirade d’insultes, c’est le meilleur moyen pour intriguer le lecteur.

    Par contre, je suis restée sur ma faim lors de la scène de la découpe en morceaux. C’est peut-être moi qui suis trop perverse ? xD Disons qu’en voyant la scène venir, je me suis dit : « Si on reste sur la logique du point de vue d’Oliver, la scène sera soit évacuée de sa mémoire, soit décrite à profusion. » Or, pas d’ellipse mais peu de description : le bras de Gabriel Strickfield se découpe facilement (alors qu’il faut bien insister longtemps pour scier un bras – enfin, je dis ça, je l’ai jamais fait ^^), et la découpe de Meg/Mona est évacuée (alors que je m’attendais à ce qu’on insiste plutôt sur elle)…
    Enfin, l’intégration des paroles de Zerstören dans le texte est bien faite mais je cherche encore pourquoi le titre de la nouvelle, c’est Zerbrennen. Une manière de signaler que justement, rien ne brûle à part l’esprit d’Oliver ? Ou un double-sens qui m’échappe ?

    Conclusion : Zerbrennen est vraiment de très bon calibre – c’est surtout le fait qu’elle soit construite de telle sorte à nous conduire lentement vers la scène macabre qui la dessert au final car on s’attendrait soit à une profusion d’horreurs, soit à un silence total sur ces actes indescriptibles – ici, l’entre-deux crée surtout de l’insatisfaction.

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  5. Final Flamboyant – on ne peut pas choisir meilleur titre pour finir !
    J’aime justement l’ambiguïté du titre : c’est censé être positif à la base – pour une fin de tournée, on n’en attend pas moins. Et en même temps, titre ultra ironique : ça flambe pas mal sur ce final ! :D
    L’intrigue, c’est un truc de malade ! On est plongé dans de l’extraordinaire complet, et pourtant, le tout s’assemble comme si c’était logique alors que ce « final flamboyant », c’est le résultat d’une folie collective soudaine. (C’est super difficile de gérer une contradiction pareille !) Les indices sont disséminés lentement (pas de nouvelles des femmes, évocation d’une surprise, réaction mystérieuse de Jacob, places VIP laissées vides…) et font sens presque par hasard, quand Till se met à chanter Dalai Lama alors que ce n’est pas prévu sur la setlist. Et en même temps, d’autres indices étaient là : les seules chansons mentionnées avant sont Mein Herz Brennt, Feuer Frei, Benzin, toutes font allusion au feu. Dalai Lama => destruction. Puis passage à Zerstören (destruction aussi). Et malgré tous ces indices, la fin arrive complètement par surprise !

    C’est quand même épatant de faire passer une fin complètement invraisemblable pour quelque chose de logique, tout en faisant si peu allusion à la peine que les membres du groupe peuvent ressentir face à la mort de toute leur famille (quelques larmes, deux chansons, les pensées rapides de Paul). C’est sûrement le style très fluide et la structure bien construite qui y jouent : on apprend qui est le narrateur un peu par hasard, quand il dit « et moi » après avoir mentionné tous les autres ; jusque là, il avait une voix presque collective, d’où l’impression de cohésion totale dans le groupe (au point de pouvoir tous devenir fous au même moment). Mais, en même temps, ça n’aurait pas pu être un autre membre que Paul puisque c’est lui qui les tue tous (il ne faudrait pas qu’il meurt avant la fin de l’histoire !). Choisir un narrateur omniscient, par exemple, n’aurait pas eu autant d’impact, je pense : c’est le fait que Paul donne souvent l’impression de s’intéresser à ce qui se passe autour de lui sur scène, qui permet de le choisir comme narrateur idéal.

    Conclusion : mon vote va à Final Flamboyant pour ce récit qui tient super bien ensemble. Le choix n’était pas simple mais, dès la première lecture, c’est cette nouvelle qui m’a captivée du début à la fin, me faisant sursauter (de plaisir sadique, niark niark !) à chaque tournant.

    Petit détail : je crois bien que Dalai Lama a été jouée une fois en live. Premier concert de la tournée Reise Reise (Mannheim 2004 ?), mais faudrait vérifier. ^^

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  6. (en espérant que ce commentaire sera bien pris en compte par blogspot!)
    Par où commencer? Alors déjà je vais parler de la première nouvelle "Zerbrennen". Je trouve l'idée de base sympa, bien que les histoires de ruptures et de déchirures amoureuses soient (à mon goût) beaucoup exploitées en fan-fictions ou nouvelle rammsteinienne, il est normales d'en retrouver une ici. De plus, elle est originale dans sa narration, on sent bien la folie qui émane du personnage d'Oliver de par la manière dont c'est raconté, plus que par les mots utilisés. Mais (forcément il y a un mais) j'ai une impression de brouillon en lisant cette nouvelle. Elle semble avoir été écrite d'un trait, presque sans relecture. Comme si l'auteur était tellement plongé dans son histoire quand il l'a écrite qu'il a oublié qu'il fallait peut-être donner un peu plus de détails parfois pour que le lecteur comprenne bien ce qu'il veut dire. Par exemple, je ne comprends pas la dernière phrase, qui pourtant semble d'un intérêt primordial.
    La deuxième nouvelle, Ka-boom, bon... inutile de le dire, elle est signée Ludi ça se reconnait à des km ^^ J'ai pas envie de faire de compliments sur cette nouvelles juste parce que c'est Ludi qui l'a écrite, mais simplement je l'adore. Elle est originale, l'histoire est pile poil dans le ton de ce que je peux apprécier, entre l'histoire d'un clip revisité et le texte de Zerstören - carrément dans le thème du concours - puis l'amitié des 6 qui sont rapprochés par autre chose que par la musique et qui ont des bios totalement différentes, c'est... comment dire? Je ne sais pas, mais c'est le genre de nouvelles que je lis avec le smile jusqu'aux oreilles du début à la fin. C'est si agréable à lire en plus, si fluide...
    (oh, un bémol: il y a un "$" qui se balade entre deux paragraphes, sans doute une erreur de mise en page)
    La troisième donc, c'est la mienne.
    La quatrième nouvelle, j'ai envie de dire chapeau parce qu'elle ne part de rien, que le thème n'a à ma connaissance jamais été abordée en fiction, et que la narration est sympa. Le gros défaut que je trouve à cette nouvelle à la première lecture, c'est que mis à part le "vif du sujet" il ne se passe rien. Du coup, en ne s'attache pas vraiment aux personnages et tout est très rapide, c'est dommage. Mais ce n'était qu'une première lecture et j'avais un peu la tête dans le cul donc je relirais tout ça plus tard et prononcerais mon vote le 22 (ou avant si je suis sûre de moi).
    Bisous! :)

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  7. Je vote pour Final flamboyant.
    Alors si j'ai choisit cette oeuvre c'est déjà car elle m'a étonner !
    on peut dire que la chute est inattendue
    et puis j'ai aimer l'idée de montrer comment le groupe mettaient fin à leur carrière et le moins que l'on puisse dire c'est qui le faisait du manière plutôt original !
    En brûlant le public c'est peu banal et qu'a la fin Paul décide de les tuer et lui aussi (en même temps il a bien car après ça , comment vivre?)
    Et surtout cette histoire me perturbe... je la relis pour essayer de comprendre comment une telle folie a pu se passer ?!
    Et puis la joie malsaine qui éprouvent en brûlant leurs public , la peur des fans , s'en est presque effrayant!
    En effet tout est détruit ! le public , le groupe...
    Et étrangement je ne peux pas m’empêcher de penser que c'est une belle fin pour le groupe !
    Ah c'est sur c'est une fin de carrière peu banal.
    Puis comme je l'ai déjà dit on retrouve bien la destruction.
    Voila pourquoi je vote pour cette nouvelle , en espérant que mon avis soit constructif.

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  8. Dur dur de choisir parmi ces nouvelles excellentes... Néanmoins, mon choix se porte sur "Final Flamboyant". C'est une nouvelle qui m'a vraiment prise aux tripes, et je pense qu'il fallait vraiment oser l'écrire. La destruction est bien présente, aussi bien mentale que physique (tout comme dans "Zerbrennen"). J'ai ressenti toute sorte d'émotions en la lisant, et c'est pour cela que je vote pour elle. La personne qui l'a écrite m'a tout simplement bluffée ! Un grand bravo à elle !
    Pour les autres:
    J'ai longtemps hésité entre Zerbrennen et Final Flamboyant, car on voit vraiment à la fin de la nouvelle les raisons de cette souffrance. Et la destruction d'Ollie est purement mentale, de part le décès de sa fille et de son épouse. Le mal-être qui l'habite est intelligemment décrit, et les jonglements entre les point de vue du narrateur sont intéressants et perde encore plus le lecteur dans la schizophrénie d'Oliver.
    Pour Ka-boom, je n'ai pas réellement accroché, et elle ne colle pas vraiment au thème pour moi. L'idée de départ est toutefois intéressante à exploiter, mais dans un autre registre que Zerstören.
    Et enfin pour Haine destructrice, le début est vraiment pas mal, tout comme l'idée de départ. Ce que je lui reproche, c'est tout simplement la fin. Je la trouve un peu "molle", elle manque de rebondissements.

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  9. Je vote pour la seconde nouvelle intitulée "Ka-boom" car j'ai eu un véritable coup de coeur pour celle-ci, on sent bien que chacun des membres a déjà quelque chose de détruit en soi et le fait de faire exploser cette banque leur permet de s'exprimer ou peut-être bien juste une pulsion destructrice...

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  10. * La première nouvelle : j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette nouvelle. Le tout est très bien amené : petit à petit on se met dans la tête du personnage, de sa décadence et de sa folie naissante. On atteint un sacré climax et la fin est brutale au possible, j'aime beaucoup le ton employé (notamment la forte suggestion que le personnage devenu fou se croit en plein complot).

    * La deuxième nouvelle : idée vraiment très originale! C'est un mélange de thèmes actuels (je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Fight Club en lisant certains passages), d'univers rammsteinien (bravo pour l'intégration des paroles!), mais qui m'a laissé un goût doux-amer, la fin étant trop douce à mon goût :)

    * La troisième nouvelle : j'ai trouvé la description de la souffrance très réaliste, profonde et humaine, mais le passage des flammes m'a perturbé (même si l'exploitation de la folie est intéressante).

    * La quatrième nouvelle : très bonne idée et la seule à ne pas avoir comme protagoniste un membre de Rammstein! J'ai trouvé le tout très réaliste et intéressant de développer les points de la germanophobie, les problèmes de sécurité, la bestialité humaine, la vitesse à laquelle tout peut dégénérer. J'ai beaucoup apprécié cette nouvelle bravo! :D

    Mais puisqu'il faut choisir, pour moi la (ou le?) gagnant est l'auteur de "Zerbrennen". Je ne ferai pas de classement des autres (ça me paraitrait limite comme façon de faire), même si je peux dire que "Haine destructrice" me reste également en tête :)

    En tout cas, bravo à tous les auteurs!

    Anaïs B.

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