Cher Richard,
Vous souvenez-vous de moi? De mon prénom? De mon visage et des courbes de mon corps? Je ne sais pas si l'image de moi était encore présente en vous, ce que je sais c'est que désormais elle y est, et restera gravé dans votre esprit à jamais.
Il me semble que je vous dois quelques explication. Maintenant que vous êtes au pied du mur, peut-être écouterez vous ma peine avec l'attention qu'elle mérite. J'ai essayé de tout vous raconter l'autre jour, mais vous n'avez rien voulu savoir. C'était peut-être tout à votre honneur de ne pas vouloir écouter les déclarations d'une jeune fille de mon âge à moitié nue dans votre chambre à coucher; toujours est-il que c'était pour moi ma dernière chance et qu'elle s'est révélée vaine. J'étais désespérée, prête à être un simple jouet éphémère pour vous, rien que pour avoir la chance de connaître au moins une fois dans ma vie le douceur de vos baisers, l'odeur de votre peau et le bruit enivrant de votre souffle chaud près de mon cou pendant que nous ferions l'amour. Mais vous m'avez rejeté, sans chercher à comprendre, sans chercher à connaître la fille qui se cachait derrière cette façade tristement luxurieuse.
Tout à commencé un mercredi, il y a plus de trois mois maintenant. Je faisais mon shopping habituel quand je suis tombée sur votre fille, Khira-Li. On avait flashé sur la même tunique, une bleue ciel à motifs noirs et blancs, et naturellement il n'en restait qu'une à notre taille. Elle m'avait tuée du regard alors que j'avais été la première à l'attraper, et j'avais éclaté de rire face à sa mine d'enfant gâtée. Elle s'était détendue, et on avait fini par convenir que celle à qui la tunique irait la mieux repartirait avec. Après plusieurs essayages, il s'était révélé que le vêtement m'était trop lâche, mais qu'il n'allait pas mieux à Khira (sa poitrine aurait fait craqué le tissus si elle l'avait gardé plus longtemps.)... Au final, personne n'était reparti avec la tunique, mais nous nous étions bien amusés alors on est sorties prendre un café, histoire de faire plus ample connaissance et de continuer sur notre lancée de rigolades. Le feeling est passé, votre fille et moi ne nous somme plus quittés. Je l'ai emmené dans les endroits de New-York qui me plaisaient, elle me parlait de Berlin et de toutes les villes d'Europe qu'elle avait pu visiter. Avec fierté elle me parlait de vous: son père aimant, riche et célèbre, son père qui lui avait valu de se faire connaître elle aussi à sa manière, et grâce à qui elle avait pu vivre tant de chose qui enrichissait sa vie d'expériences formidables. Je l'écoutais parler avec une certaine envie je l'avoue, cette jeune Allemande fraîchement débarquée à New-York avec son célèbre papa musicien. Cela différait tellement de ma vie personnelle, moi qui vivait seule et dont les parents galéraient pour arriver aux fins de mois avec leurs salaires miséreux. J'aime mes parents, j'aimais ma vie aussi même si elle n'était pas facile, mais Khira représentait pour moi le rêve américain, celui auquel tout les riches émigrants croient en débarquant ici, tout simplement parce que les Etats-Unis sont un mythe pour ceux qui n'y habitent pas. A travers les yeux de Khira, ma vie d'américaine a pris un sens différent, une importance nouvelle à laquelle je ne m'attendais pas. Elle m'a aidé à me relever, à me sentir à nouveau vivante; en retour je l'ai aidé à découvrir un côté de la vie qu'elle ne connaissait pas: le bonheur sans passer par l'argent, les petites choses simples qui rendent facilement heureux si on laisse un peu tomber les idées de "donnant-donnant" et de "juste retour des choses". Je lui ai appris à donner sans recevoir, à aimer plus qu'à être aimé. J'ignore pourquoi elle m'a écouté, peut-être n'étais-je qu'une distraction pour elle au fond, cette petite fille pas très riche qui base sa vie sur l'amour plutôt que sur l'argent. Elle, avait les deux: l'amour et l'argent. Avec moi, elle avait aussi l'amitié dont elle avait besoin ici: sans feux de projecteurs, sans jet-set. Quand on sortait, c'était juste elle et moi face à une foule de jeunes inconnus qui ne le restaient en général pas très longtemps. On s'amusait bien, on retrouvait pour moi l'innocence perdu, pour elle l'anonymat qu'elle n'avait jamais vraiment connu.
J'ignore si vous l'avez fait exprès, ce déménagement à New-York était pour Khira un nouveau départ dans sa vie d'adolescente. Contrairement à ce qu'il se passait en Allemagne, quand elle se présentait ici personne ne la dévisageait avec curiosité. Le nom de "Lindemann" était inconnu à 99% des personnes, et même quand elle parlait de vous, votre nom ne déclenchait aucune réaction. Même à moi, le nom "Richard Z. Kruspe" ne m'a jamais rien dit avant de rencontrer votre fille. Le groupe Rammstein m'était parfaitement inconnu, et pour cause: le metal était un genre de musique qui était à des années lumières de m'attirer. Mais je suis curieuse alors un jour j'ai demandé à Khira de me montrer à quoi ressemblait votre musique. Avec fierté elle m'a fait écouter la chanson "Spieluhr" à laquelle elle avait contribué. Je n'ai pas vraiment accroché je l'avoue: ce mélange de sons industriels et cette voix terrifiante m'ont laissé une mauvaise impression au premier abord. Je l'ai dit à Khira et on en est restées là pour un temps.
Cela faisait moins d'un mois que je connaissais votre fille quand je vous ai rencontré pour la première fois. Elle m'avait invité chez vous avant de sortir un soir, j'étais déjà venue mais vous n'étiez jamais là, ce que je n'avais pas vraiment réalisé jusqu'à lors. Et puis, ce soir là, c'est vous qui m'avez ouvert la porte quand j'ai sonné. Je m'en souviens comme si cette scène venait de se dérouler: c'était un vendredi, le 22 mai, vers les 19h30. Je venais de passer une heure à m'habiller, après avoir passé une heure à me bichonner en sortant de mon travail. J'avais opté pour une robe orange et noire avec des escarpins et une veste noire. J'avais mis exactement 23 minutes à arriver sur le seuil de votre grand appartement; je le sais puisque j'avais regardé l'heure en montant dans le bus en sortant de chez moi, puis juste avant d'appuyer sur votre sonnette. J'avais ensuite accroché un grand sourire franc sur mon visage en pensant à cette soirée, à retrouver Khira, et à être enfin en week-end. Puis la porte s'est ouverte, et au lieu d'être accueillie par le visage de votre fille je me suis retrouvée face à vos épaules. Elles étaient serrées dans une chemise marron et blanche, cette même chemise que vous portiez la dernière fois que je vous ai vu. D'instinct, vos épaules m'ont plus. C'est idiot hein? Je crois que je suis tombée amoureuse de vos épaules avant même de voir votre visage. Puis j'ai levé la tête, rapidement mais en prenant le temps de m'attarder sur le reste de votre personne, ce cou musclé et puissant, ce menton en pic qui finissait un visage unique. J'ignore comment mais ma vie s'est arrêtée à la seconde précise ou mes yeux ont croisé les vôtres. Mon coeur s'est mit à enfler jusqu'à ma gorge, mes yeux auraient pleurés si je les avaient laissés faire. Pleurés de joie ou de tristesse? Je ne saurais le dire, probablement les deux en même temps. Pendant quelques secondes, j'avais été incapable de bouger, vous en souvenez-vous? Vous m'aviez regardé avec vos yeux bleus magnifiques et avec un sourire vous m'aviez dit de rentrer, que Khira était en train de se préparer. Sans vous quitter du regard, j'avais forcé mes jambes à me faire rentrer dans le salon, où je m'étais assise pour ne pas me trahir en tombant dans les vapes. Oui, je m'étais sentie mal. Peut on se sentir mal tout en se sentant bien? C'était un sentiment nouveau et insupportable qui nourrissait chacune de mes pensées, faisait vibrer chaque centimètre carré de mon corps, mais je ne saurais dire s'il était bon ou mauvais. Est-ce mauvais d'aimer? Un amour soudain et passionnel est-il condamnable quand on s'éprend du père de son amie? Celui-là l'a été en tout cas. Ce jour-là était le premier jour de la fin de ma vie.
Mais personne ne l'a vu. Vous m'avez regardé m'assoir sur la canapé, à ce moment-là je le sais vos yeux se sont perdus dans l'espace que ma robe trop courte laissait passer entre mes jambes. Puis encore une fois vous m'avez sourit, sans vous apercevoir que dans ma poitrine mon coeur avait semblé vouloir s'arracher à ses liens. Mais c'est avec un ton presque paternel, insupportable, que vous avez repris la parole.
"- Je te sers quelque chose à boire en attendant que Khili arrive?"
La seule chose qui m'aurait calmée en cette instant aurait été de m'abreuver au puis de vos lèvres. Mes mains ne désiraient qu'une seule chose: se glisser derrière cette chemise trop serrée et vous l'arracher de votre dos. Ma poitrine suffoquait et réclamait de sentir la votre contre elle. Mes parois nasales étaient dilatées, comme si elles essayaient de filtrer l'air pour sentir l'odeur de vos vêtements, de votre peau, de vos cheveux. Mais à l'extérieur de moi, je ne laissais rien percevoir, et me félicitai de trouver le calme nécessaire pour répondre simplement à votre question.
"- Non merci, je vais l'attendre."
Vous avez hoché la tête, êtes entré dans la cuisine et vous êtes servi un verre d'eau. Puis vous êtes ressorti et êtes revenus dans le salon en même temps que votre fille. Je me suis levé, me suis raccroché un sourire sans doute un peu crispé, et ai embrassé Khira en essayant tant bien que mal de contrôler le dragon qui logeait dans mes entrailles. Vous avez admiré votre fille qui s'était habillé avec ses nouveaux vêtements achetés le jour même, et l'avez embrassé à votre tour.
"- J'y vais ma chérie," avez-vous dit. "Sois sage, ne fait pas trop de bêtises.
- Oui papa", avait-elle répondu. "Toi non plus. Tu dors ici?
- Je ne sais pas. Je te préviendrais si je découche! Bonne soirée les filles!"
Vous avez attrapé vos clés et votre porte-feuille et avez adressé un dernier regard en notre direction, clignant de l'oeil d'un air complice. Mais j'étais en mode off, le dragon qui m' habitait avait craché son feu dans mon cerveau, réduisant en cendre toutes le pensés que je pouvais avoir. Toutes sauf une: vous alliez peut-être découcher. Je m'étais soudain souvenue de ce que m'avait dit Khira-Li: vous étiez un Don-Juan qui accumulait les conquêtes et les aventures d'un soir. Ce jour-là, je le savais, vous vous apprêtiez à sortir dans un bar avec vos amis, à boire et à vous amuser, et à rechercher une femme avec qui passer la nuit. Quelqu'un qui, pour quelques heures, aurait le droit de sentir vos baisers dans sa nuque, de vous écouter lui murmurer des mots tendres dans le creux de son oreille et de sentir votre peau chaude et transpirante glisser contre la sienne. C'est à ce moment-là que je me suis rendue compte que la jalousie était un sentiment que je n'avais jamais vraiment connu. Je suis devenue folle, j'ai cru qu'une partie de moi s'arrachait et s'échappait de mon contrôle, comme si mon coeur m'avait soudain dit "Je te laisse, je vais voir ailleurs." Tous mes acquis semblaient dérisoires, je me suis rendue compte que j'aurais vendue père et mère pour vous empêcher de franchir cette porte et vous faire rester avec moi. Mais vous êtes partit, et je suis restée seule en compagnie de quelqu'un qui n'était soudain plus mon amie mais votre fille, un bout de vous, un visage féminin que je connaissais bien mais qui avait soudain vos traits, en qui je retrouvais vos yeux, votre sourire...
J'ai passé le reste de la soirée à faire semblant, faire semblant que j'allais bien, faire semblant que ce brun, là, au font du bar, me plaisait bien, faire semblant de penser à lui quand il me faisait l'amour quelques heures plus tard. Puis j'ai continué à faire semblant. Une demi-seconde je me suis dit qu'il serait plus sage et plus sain pour moi d'arrêter carrément de fréquenter votre fille afin de me couper tout ça, mais ça m'a semblé fou. Je me suis dit que si je ne supportais pas d'entendre parler de vous, je supporterais encore moins de ne pas en entendre parler. Alors j'ai serré les dents et ai continué à jouer mon jeu. Il y a eu des moments durs, ou mon coeur pleurait les larmes qui ne devaient pas sortir de mes yeux. Il faut dire que votre fille ne faisait pas toujours dans la finesse, même si elle n'avait aucune raison apparente de se retenir. Un matin elle avait sonné chez moi alors que je dormais encore; il faut dire qu'il était 5h et que le soleil n'avait même pas commencé à pointer le bout de son nez.
"- Je peux dormir chez toi?" m'avait-elle supplié d'une voix endormie avant de rentrer dans mon appartement.
"- Ben oui mais... Il est quelle heure? La nuit est presque finie, tu étais où?
- Chez moi. Décidément la cloison entre ma chambre et celle de mon père est bien trop fine, surtout quand il ramène une nympho infatigable dans l'appart'! Ils n'ont pas arrêté! Ils sont arrivés vers les une heure du matin et ils y sont encore! Tu l'entendrais crier toi aussi tu pèterais un câble je t'assure!"
Et elle n'imaginait pas à quel point.
"- Oh oui, Richard, vas-y plus fort, Richard, Richard, continue, encore, encore!" Avait-elle imité d'une voix hystérique en s'allongeant sur mon canapé. Heureusement elle s'était endormie au moment même où j'avais posé une couverture sur elle, elle ne m'avait donc pas vu m'enfoncer mes ongles dans ma chair jusqu'au saignement. N'allez pas croire que c'était un caprice de ma part, je ne me suis pas rendue compte immédiatement de mon geste, c'est seulement en entrant dans la salle de bain pour laver mes larmes que j'ai vu l'état ensanglanté de mes mains. Je crois que c'est la seule fois ou je me suis vraiment laissée aller à pleurer. Ce n'était pas la première fois que mes larmes coulaient à cause de vous, mais c'était la première fois en présence de Khira. Enfin, peut-on dire qu'elle était vraiment présente si elle dormait? Mais ma solitude était intense, insoutenable. Sentir Khira à mes côtés à ce moment là m'a fait prendre conscience que jamais je ne pourrais partager et confier mes sentiments à elle. J'étais seule, seule avec mon amour à sens unique qui était inavouable et insupportable. C'est là que j'ai pris la décision de tout vous dire, à vous, le premier concerné. Parce que je n'avais plus rien à perdre si ce n'était la tristesse qui m' habitait. Je me doutais bien que vous ne tomberiez pas amoureux de moi et que cette histoire ne finirait pas en conte de fées, Khira m'en avait trop dit sur vous pour que je vous crois capable d'amour sincère envers quelqu'un comme moi.
Mais comme je vous l'ai dit, c'était ma dernière chance. Je me suis mise à élaborer un plan, je voulais que ma tentative de séduction soit parfaite, quitte à ne pouvoir passer qu'une heure entre vos bras je savais que je n'avais pas le droit à l'erreur et qu'il fallait que je m'offre à vous au moment propice. Tout était parfait: j'avais planifié l'heure, le jour, l'endroit; Il fallait que ce soit en fin de semaine, avant que votre membre ne soit fatigué de ses prouesses du week-end, il fallait aussi que vous soyez seul, pour cela Khira ne devait en aucun cas débarquer dans votre appartement. Et bien sûr il fallait que ce soit chez vous: la surprise devait faire partie de la mise en scène, de même que votre lit et l'odeur de vos draps. Il ne me restait qu'à éloigner votre fille et à trouver le moyen de rentrer chez vous alors qu'il n'y avait personne. Dans les deux cas, Khira m'a aidé malgré elle. Un matin, alors que je travaillais en réfléchissant à tout ça, elle est venue me voir pour me demander conseil sur le nouvel homme de sa vie (oui elle a trouvé quelqu'un). Elle voulait savoir si elle devait accepter son invitation pour le lendemain soir et aller dormir chez lui, ou le laisser attendre et confirmer ses sentiments. Je n'ai pas eu à la pousser beaucoup pour qu'elle se laisse convaincre d'aller chez lui. J'avais l'horaire à laquelle elle partait, celle à laquelle vous rentreriez chez vous, et je savais que je disposais d'une heure entre les deux. Il suffisait que j'aille dans votre appartement pendant que Khira se préparait, et faire mine de repartir en même temps qu'elle, sans qu'elle s'aperçoive qu'une cigarette laisserait la porte entrouverte. Je n'avais ensuite plus qu'à me préparer et inonder votre chambre d'une atmosphère charnelle à laquelle vous n'auriez pas pu résister. C'est en pensant au film American Beauty que je déposai des pétales de roses sur chaque centimètre carré de votre draps. J'ai ensuite pris une douche et me suis habillé avec une lingerie fine achetée pour l'occasion. Je me suis parfumée, me suis allongée sur votre lit, et ai attendu votre retour, le coeur battant à tout rompre.
Je n'ai pas eu à attendre longtemps avant que le bruit de votre clé dans la serrure accélère encore un peu plus mon pouls et fasse frémir tout mon être quasi-dénudé qui attendait impatiemment et anxieusement votre arrivée. J'ai pris la télécommande qu'il y avait à côté de moi et ai lancé le CD préalablement inséré dans votre chaîne. Intrigué par le bruit, vous êtes entré dans la chambre et vous êtes stoppé net en me voyant. Sans un mot, vous m'avez regardé , moi et la mise en scène que j'avais faite pour vous; mais c'est sur mon visage que vous vous êtes attardé. J'ai immédiatement senti que ça ne présageait rien de bon. Malgré tous les efforts que j'avais fait, vous ne sembliez pas séduit. Votre instinct masculin n'a pas prit le dessus comme je l'espérais, et la vue d'une jeune femme en sous-vêtements dans votre lit recouvert de pétales ne vous a pas fait tourner la tête. J'avais perdu. La suite, vous la connaissez aussi bien que moi. Vous avez joué au cool et avez tenté les explications simples. Vous avez prétexté mon jeune âge et le fait que je sois une amie de votre fille. Je vous ai demandé si je vous plaisez, vous n'avez pas osé dire non. Ou peut-être que votre "oui" était sincère mais que vos principes l'ont balayé, comme vous avez essayé de me le faire croire. Je vous ai dit que si je vous plaisez le reste n'avait pas d'importance, que se laisser aller ne nuirait à personne. Vous m'avez répondu qu'aux Etats-Unis la loi pouvait vous mettre en prison pour "se laisser aller" à ça. Je vous ai proposé d'aller en Europe, vous avez ri, vous étiez plus beau que jamais. Je crois que jusqu'à la fin c'est cette image que je garderais de vous: souriant, assis à côté de moi sur votre lit, osant à peine regarder mon corps déshabillé qui frôlait votre chemise chocolat... Votre nuque était si proche de mon visage qu'il était difficile de résister à l'appel de l'embrasser, mais je me suis contenté d'en humer le parfum, qui a lui seul aurait pu me faire flancher. C'était une odeur de flacon français mélangé à la cigarette que vous veniez de fumer, et à l'odeur de votre peau.
Et alors, j'ai compris. J'ai compris qu'après avoir senti cette odeur là, plus jamais aucune ne me ferait d'effet. J'ai compris que l'amour que j'avais pour vous n'était pas, comme je le savais déjà, un conte de fées, mais qu'il était un poison qui me tuait à petit feu.
C'est là que j'ai pris ma décision. Je savais que mes sentiments pour vous m'avaient condamnés à rester malheureuse et insatisfaite toute ma vie, me privant du bonheur d'aimer quelqu'un qui m'aimerait en retour.
Je ne sais comment expliquer cet amour là. Peut-être ne comprenez-vous toujours pas. J'ai moi-même longtemps cherché à comprendre, pour finalement me rendre compte qu'il n'y avait absolument rien de logique. L' amour est un sentiment sauvage et incontrôlable. Il s'est malheureusement emparé de moi, et comme une maladie incurable il a fait son nid dans ma chair, me rendant chaque jour plus faible et plus proche de ma mort. Jusqu'à aujourd'hui.
Le seul regret que j'ai à faire ça c'est de ne pas voir votre visage ce soir. Comme d'habitude, vous allez rentrer chez vous, poser vos clés sur la table basse du salon, et éteindre la cigarette que vous auriez fumé sur le chemin. Vous vous rendrez ensuite compte que de la musique provient de votre chambre, comme ce jour-là. Vous vous en approcherez (penserez-vous à moi?), et pousserez la porte. Sans doute me reconnaîtrez-vous, au milieu de cette mise en scène familière qui aura pour seul changement les battements de mon coeur et la température de ma peau. Peut-être aurai-je encore votre coussin sur le visage; ne vous en veuillez pas, j'ai choisis la plus douce des morts: l'étouffement par votre parfum. Désormais je ne souffrirais plus.
Ne soyez pas cruel avec vous-même, je ne suis pas morte par votre faute. Mes sentiments ne sont contrôlables ni pas moi, ni par vous. Mais par votre attitude j'ai souffert, c'est pourquoi je m'offre le luxe de vous toucher par ma mort. Je ne sais pas si l'image de moi était encore présente en vous, ce que je sais c'est que désormais elle y est, et restera gravé dans votre esprit à jamais.
Nina

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